LES LETTRES DE MON TRAPICHE

05 août 2017

"Sombras de verano", de Guillermo Ruiz Plaza. (par Jorge Cuba-Luque)

20526422_1336667189785311_421694976_n

Guillermo Ruiz Plaza est né à La Paz, Bolivie, en 1982. Il a publié les recueils de nouvelles Le feu et la fable (2010), Le feu et la fable (2010) et Ombres d’été (2015).

 

 

Pour un lecteur impatient, la douzaine de nouvelles de Sombras de verano du Bolivien Guillermo Ruiz Plaza constitue un recueil d’histoires attachantes par leur fluidité et parce qu’elles abordent des thèmes d’une certaine actualité : la canicule dans le sud de la France, l’immigration et le racisme, la violence conjugale. Mais ce lecteur, tout en profitant bien de ces histoires, perdra beaucoup d’autres éléments qui enrichissent chacun des textes du volume: il passera à côté de la subtilité de ses dialogues, des réflexions ambigües des personnages et des situations décrites, comme dans « Peor que la muerte » où un homme accompagne son fils, jeune étudiant, chercher un appartement dans les vieux quartiers de Toulouse, où il avait vécu quand lui-même était jeune étudiant vingt ans auparavant. Le hasard les amène devant l’immeuble qu’il avait habité à cette époque-là, et il se rappelle sa rencontre avec une de ses voisines, une très vieille dame d’origine espagnole, hantée par ses souvenirs de la Guerre Civile, et qui ne faisait qu’attendre la mort. L’homme croira revoir la vieille femme fugacement  quand il lèvera la tête pour contempler le balcon de l’appartement qu’il avait habité…mais est-ce la  même femme ?

 

Ces nouvelles sont ainsi rythmées par des dénouements  où les personnages —souvent des Boliviens installés dans le sud de la France comme l’auteur— sont placés devant leurs peurs comme dans « Here comes the Sun » (titre tiré d’une chanson des Beatles), qui raconte l’histoire de harcèlement physique et moral subi par une jeune fille amatrice de musique classique ; à la fin elle pourra trouver un certain soulagement. Dans  « Todo lo que soy será tuyo » la chute de la nouvelle laissera entrevoir qu’une jeune fille —la petite amie d’un jeune  bolivien— entretient  avec sa mère une relation fusionelle ; la mère, amatrice de littérature latino-américaine (elle possède un exemplaire de Ficciones, dédicacé par son auteur, Borges lui-même) est très contente du fait que sa fille ait pour un ami un sud-américain intéressé par la littérature. La peur est aussi présente dans « Nada se enciende » : un enfant dont les parents se déchirent commence à comprendre confusément que son père est un homme violent et que sa mère le trompe. Un soir, pendant qu’ils se disputent dans la cuisine, il trouvera une  arme à feu dans la chambre conjugale, la prendra et ira, perplexe, voir ce qui se passe ; il trouvera sa mère par terre, inerte, et pointera l’arme sur son père... 

 

« Sombras de verano », la nouvelle qui donne le titre au recueil, est sans doute celle où Guillermo Ruiz Plaza a le mieux déployé son talent pour créer une ambiance : la ville de Toulouse est prise par la  canicule : « El aire pesaba como antes de una tormenta que nunca llegaba. Y el ladrillo rojo de Toulouse adquiría un tono apagado y polvoriento que parecía ». Sous une chaleur insoutenable, Vicente, jeune bolivien, a un flirt avec Pauline, une fille l’immeuble qu’il habite avec qu’il est impossible de ne pas parler de la température ni de madame Lavallé, une femme solitaire et âgée qui est aussi leur voisine, et candidate à succomber à cette chaleur torride. Les situations racontées, plutôt banales, acquièrent du poids et de la signification avec une présence invisible : les bruits des mouches, bruit qui, à la fin, sera presque inquiétant de l’autre côté de la porte de l‘appartement de madame Lavallé.

 

 

20471960_1336667326451964_949798057_n

Posté par Trapiche à 15:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


28 juillet 2017

“No robaràs las botas de los muertos”, de Mario Delgado Aparain. (par Antonio Borrell)

57804

 

Ediciones de la Banda Oriental, Montevideo, réédition 2016, 200 pages.

ISBN : 978-9974-1-0974-2

 

Mario Delgado Aparain est né à Florida, en Uruguay, en 1949. Enseignant et directeur d’institutions culturelles, il est l’auteur d’une dizaine de romans et autant de recueils de nouvelles. Deux de ses livres ont été publiés en français par les éditions Métailié : « La ballade de Johnny Sosa » (2005) et « Les Pires Contes des frères Grim » (2005) co-écrit avec l’écrivain chilien Luis Sepulveda. Il a reçu divers prix littéraires en Uruguay et dans d’autres pays.  

En 1864, la guerre de Sécession fait rage en Amérique du Nord, l’armée française de Napoléon III combat au Mexique, et bien plus au sud se prépare un conflit terriblement meurtrier qui impliquera la « Triple Alliance » Brésil-Argentine-Uruguay contre le Paraguay : mais le premier acte de la tragédie se joue en Uruguay lors d’une guerre civile. A cette époque ce petit pays, qui a aboli l’esclavage, est en conflit avec son voisin, le géant Brésil, dont certains bandits viennent enlever des Noirs libres pour les revendre chez eux. Par ailleurs des Brésiliens vivant en Uruguay sont victimes d’exactions. Le général uruguayen Venancio Flores, connu pour faire égorger de nombreux prisonniers, entre en rébellion contre le pouvoir de Montevideo, et il obtient le soutien du Brésil et de l’Argentine en leur promettant de les soutenir contre le Paraguay s’il devient président de l’Uruguay. Une armée brésilienne, constituée en partie d’esclaves enrôlés de force et peu motivés pour se battre, entre donc en Uruguay pour soutenir Flores.

Dans cette guerre, la petite ville de Paysandú sur la rive gauche du fleuve Uruguay, devient un enjeu stratégique, le dernier obstacle pour Venancio Flores dans sa marche sur Montevideo. Sur le fleuve, une escadre impériale brésilienne va jouer un rôle décisif avec son artillerie lourde. Mais les habitants de Paysandú, commandés par le colonel Leandro Gomez vont lui opposer une résistance héroïque et désespérée, à un contre quinze et sans artillerie, en attendant des renforts qui n’arriveront jamais.  

Le roman de Mario Delgado Aparain, en cent-vingt-trois très courts chapitres raconte dans le détail un mois de bataille acharnée, du point de vue des assiégés, et surtout à travers le regard de deux étrangers, un émigrant Andalou et un Anglais, arrivés là bien malgré eux : d’abord emprisonnés par les autorités de Paysandú sous l’accusation d’espionnage, ils finissent par gagner une place parmi les défenseurs de la ville. C’est le récit d’une tragédie au sens classique, car l’issue inéluctable en est connue d’avance, mais le parti-pris pointilliste de l’auteur, au plus près du drame et des acteurs donne à ce livre une force et un réalisme captivants. On voudrait qu’un grand film en soit tiré, et il semble bien que l’auteur ait écrit dans cette intention. Une lecture indispensable pour les passionnés d’Histoire. Encore une fois on se demande pourquoi un tel livre n’est pas disponible en français dix ans après sa publication !  

delgado-aparain

Posté par Trapiche à 19:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

22 juillet 2017

“Fabril”, de Horacio Cavallo (par Antonio Borrell)

fabril

 

Ediciones Trilce, Montevideo, 2010, 120 pages.

ISBN : 978-9974-32-547-0

 

Horacio Cavallo né à Montevideo en 1977, est à la fois poète, auteur de textes de tango, de nouvelles et de romans, aussi bien pour les adultes que  pour la jeunesse, dont : « Oso de trapo » (2008), « Fabril » (2010), « El silencio de los pájaros », recueil de nouvelles (2013), « Invencion tardia » (2015). Ses textes sont publiés dans diverses revues d’Amérique latine, et quelques anthologies. La ville de Montevideo et le ministère uruguayen de la culture lui ont décerné plusieurs prix.

Inquiet et angoissé, Gumersindo Gutiérrez postule à un emploi dans une importante entreprise, la Trixtex, dont le fondateur est un certain monsieur Bergstein. Une aimable secrétaire le reçoit, puis un sympathique cadre lui fait visiter des ateliers avant de lui confirmer son embauche. Au début tout semble presque normal. Tout heureux, Gumersindo va entrer au service de Trixtex, recevoir son uniforme et le matricule 1699. Déjà il rêve de son prochain dimanche après-midi de liberté où il emmènera son fils Julian au Parc Rodó, grand jardin public du centre de Montevideo.

Mais l’énorme hangar où se déroulent les activités de l’entreprise se trouve bien loin du Parc Rodó, dans une zone industrielle excentrée, quelque part au bord de la baie de Montevideo, zone sacrifiée aux besoins de l’économie. Les employés sont donc logés sur place, dans de petits dortoirs sous surveillance vidéo. Car bien vite cette entreprise modèle et paternaliste dévoile un visage de plus en plus carcéral et disciplinaire, un fonctionnement régi par des règles absurdes et une logique incompréhensible, le tout accompagné d’un discours « managérial » toujours positif, en décalage complet avec la réalité. Il est interdit de s’appeler par un nom, seul le matricule brodé sur le bleu de travail est accepté, les horaires de cantine sont très stricts et les retardataires ne mangent pas, vigiles, chiens et caméras sont partout, et aux murs les portraits de Bergstein voisinent avec les devises encourageant au travail et à la production. Vivant à plein temps dans ce dédale de couloirs bas de plafond, d’escaliers et d’étages sans fenêtres, les employés ne voient jamais le ciel, le soleil, ou la lune. Et parfois l’un d’eux « disparait »…  

En tant que nouveau, 1699 est affecté tour à tour à divers ateliers, et se voit confier des tâches  bizarres, telles que prendre soin d’un poussin moribond puis, le poussin étant mort, on le transfère à un atelier de dépeçage des poussins morts. Plus tard il faut peindre des points sur les dés en bois que fabrique un autre atelier, ou reconstituer d’immenses puzzles défectueux rendus par leurs acheteurs. Bien qu’il tente sincèrement de donner satisfaction, allant jusqu’à donner du sang pour monsieur Bergstein, le grand patron que l’on promène en chaise roulante, bien qu’il reçoive des encouragements de la hiérarchie, il n’y réussit jamais complètement.  De retards en punitions, 1699 perd ses après-midi de liberté, n’arrive pas à revoir son fils, et continue à vivre dans l’espoir de cette promenade dominicale au Parc Rodó. 

Cette plongée dans l’absurde et le cauchemar n’est pas sans rappeler Mario Levrero, cet auteur décédé en 2004 et devenu culte, dont plusieurs jeunes écrivains uruguayens d’aujourd’hui reconnaissent la grande influence qu’il a sur eux. Mais on pourrait penser également à Orwell ou Zamiatine. Alors, si le mot «rebelle» est impensable chez Trixtex, les «mécontents» vont s’organiser en secret, surtout à partir du moment où ils apprennent que l’entreprise possède une  usine mitoyenne, qui n’emploie que des femmes. Un petit groupe se forme et entre en contact avec « La Yara », qui dirige les « mécontentes », pour organiser une action commune…

download

Posté par Trapiche à 23:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

19 juillet 2017

« Grushenka », de Javier Campillo (par Jorge Cuba Luque)

19758208_1312941582157872_1781257407_n

 

Javier Campillo, est né à Palma de Mallorca en 1967. Ses premières nouvelles ont été publiées dans des revues on  line. Grushenka est son premier livre ;  le récit qui donne le titre au volume a été objet d’une adaptation cinématographique. Il est le responsable de la bibliothèque de l’Instituto Cervantes de Toulouse, où il anime un club de lecture de littérature latino-américaine.

 

Quelque chose de vieilles photos aux couleurs fanées, de mélancolique, d’ « autant en emporte le vent », domine l’ambiance des récits contenus dans Grushenka, recueil de nouvelles de l’Espagnol Javier Campillo. Il s’agit d’une douzaine d’histoires situées pour la plupart dans l’Espagne des années 1980 quand le pays rattrapait le niveau de consommation du  reste d’Europe et la jeunesse pratiquait les mêmes rites sociaux sous la marque de la Movida. 

Ainsi dans « Grushenka », le titre phare du volume, un narrateur omniscient évoque ses années de lycéen, notamment l’image de la mère de l’un de ses camarades de clase avec laquelle il croisera un jour un rapide regard, regard que le narrateur croira un message autre que le geste de sympathie d’une mère à l’ami de son fils. Cette impression va s’accentuer lorsqu’en regardant l’adaptation cinématographique de « Les frères Karamazov » il trouvera une ressemblance étonnante entre la femme au foyer espagnole et Grushenka, la séductrice russe créée par Dostoïevski. Déjà adulte, il se sentira toujours fasciné par Grushenka, la sienne, par son regard, et évoquera ce temps- là, ‘esos momentos que se perderán en el tiempo como lágrimas en la lluvia’. 

Dans « Verano del 86 » c’est le souvenir souvenir d’une colonie de vacances et les joutes pour séduire une animatrice française. 

Les souvenirs sont une sorte de présent qui est en train de s’en aller  comme dans « Padre » : une femme qui commence à entrer  dans l’âge mûr voit que son père , très âgé et veuf, s’approche de la mort mais ni elle ni lui ne la craignent car ‘somos biodegradables’.  Entre eux il y a de la solidarité plutôt que de l’amour filial. Elle a appris de lui que la mort est une fin de cycle normal et même bénéfique car elle permettra d’autres vies.  Tout est très serein et rationnel, même leurs repas hebdomadaires. Mais un jour elle reçoit un appel téléphonique sur son portable. C’était un numéro inconnu mais elle sait que c’est l’hôpital et pourquoi on l’appelle ; soudainement elle ressent comme un coup de solitude. 

Javier Campillo alterne l’explicite et le non dit, la nostalgie dont l’auteur sait bien qu’elle cache des parts d’ombre, et le choix d’oublier comme dans « El dolor ».  Mais le volume contient aussi des récits liés aux problèmes humains de l’actualité mondiale tels que les réseau internationaux de prostitution et l’immigration ; ou les forces répressives des Etats comme l’inquiétant « « Orden, Libertad, Justicia » 

 

En résumé, l’auteur de  Grushenka nous raconte ses histoires avec un langage limpide, un rythme narratif harmonieux et intense à la fois. Et on  voit qu’il maîtrise l’art du cuento, ce genre tellement cher à la littérature en langue  espagnole :  les narrateurs de Javier Campillo ne disent pas tout, il suggèrent, savent montrer au lecteur une ambiance et le laissent avec Grushenka dans ses pensées.

5YXroEUU_400x400

 

Posté par Trapiche à 00:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 juillet 2017

“El Inglés”, de Martin Bentancor (par Antonio Borrell)

el-ingles1

 

Estuario editora, Montevideo, 2015,  130 pages.

ISBN : 978-9974-720-11-4

Martin Bentancor est né en 1979 à Los Cerrillos une petite ville du département de Canelones, non loin de Montevideo, au  nord-ouest. Il vit encore dans cette région rurale où il exerce l’activité de journaliste et chroniqueur. Il participe aussi à des productions de documentaires. Il a publié quelques  recueils de nouvelles : ‘Procesión’ (2009) et ‘El aire de Sodoma’ (2012); ‘El despenador’ (2010) et ‘Montevideo’ (2012) et des romans : ‘La redacción’ (2010), ‘Muerte y vida del sargento poeta’ (2013), ‘El Inglés’  (Estuario 2015, prix national de littérature 2014) et ´La materia chirle del mundo´(2015), dont plusieurs ont été primés en Uruguay. Enfin, « La Lluvia en el muladar » (Estuario, 2017)

Les récits de Martin Bentancor ont souvent pour cadre la « Tercera seccion » nom administratif de sa région d’origine, sur les bords de la rivière Santa Lucia, pays d’élevage et d’agriculture comme l’est une grande partie de l’Uruguay. Il ajoute ainsi un territoire à l’atlas littéraire construit par bon nombre d’écrivains latino-américains, et non des moindres.

Deux histoires s’entrelacent dans ce court roman : celle d’une veillée funèbre qui s’étire tout au long de la nuit et celle de l’Anglais (El Inglés), que raconte à ses compagnons le vieux Samurio, un des participants à la veillée. Dans cette petite localité où tout le monde se connait, ils se retrouvent à veiller le vieux Ferreira, agriculteur dur à la peine, retrouvé mort dans un champ à côté de son tracteur. Les heures passant, ils ne sont plus qu’une poignée autour du cercueil. Il y a le gendre de Ferreira, « el gordo » dont l’épouse dort dans la chambre voisine et qui se retrouve dans la situation du maitre des lieux, en charge d’abreuver ses invités. Il y a aussi Fagundez et Samurio, et l’instituteur rural qui reçoit régulièrement, sans pouvoir y répondre, des SMS de sa maitresse, une femme mariée, dont l’époux légitime est aussi venu rendre hommage au mort.   

Le vieux Samurio, entouré de ses auditeurs qui luttent contre la fatigue, leur raconte l’histoire de l’Anglais, dont la rumeur locale dit qu’il aurait été le père du mort, le vieux Ferreira. Son récit est régulièrement interrompu par la nécessité de reprendre une boulette de tabac à chiquer, ou de remplir les verres, jusqu’à ce qu’un auditeur réclame la suite. On remonte ainsi jusqu’aux années 1920 où William Collingwood fait irruption dans cette région peu habituée à voir des étrangers, surtout s’ils arrivent à bord d’une Ford T conduite par un domestique chinois. Son intégration dans la population locale s’avère difficile car l’Anglais, après avoir acheté des terres et construit une maison sur les rives de la Santa Lucia, se lance dans l’élevage bovin, tout en critiquant l’arriération des éleveurs autochtones. Le Chinois, quant à lui, outre la conduite automobile, maitrise parfaitement les arts martiaux, ce qui lui permettra un jour de faire sensation en venant à bout en quelques secondes de  quatre gauchos mal intentionnés ! Cet épisode et quelques autres, (vols de bétail, rivalités entre éleveurs), donnent une petite touche de « western austral » à l’histoire. Au bout de la nuit on connaitra la vérité sur l’origine du vieux Ferreira et viendra l’heure de le mettre en terre…  

p26f1-20170708-martin-bentancor_sp_article_main 

 

Posté par Trapiche à 10:45 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


03 juillet 2017

"Si te vieras con mis ojos", de Carlos Franz. (par Yves Rouvière)

20f07591c6fcb220ffe637cda29bb3f6

 

Editorial Alfaguara, 2015, 380 pages.

 

               Carlos Franz, romancier chilien et espagnol né à Genève en 1959. Après des études de droit il se consacre à l'écriture et a déja publié quatre romans, dont "El lugar donde estuvo el Paraíso", traduit en français : "Un paradis sur l'Amazone" (Seuil, 1999), "Santiago Cero", "El desierto" et  "Almuerzo de vampiros". Il a été élève des ateliers d'écriture de José Donoso entre 1981 et 1983. Il est traduit dans plusieurs langues et a reçu divers prix littéraires.

 
Dans "Si te vieras con mis ojos", il nous plonge dans le Chili du 19° siècle en s'inspirant de personnages réels pour nous conter une grande passion. Une histoire d'amour hors norme  entre ''el Moro'', le peintre bohème Joachim Moritz Rugendas, issu d'une lignée de peintres autrichiens et une femme de l'oligarchie dont il a changé le nom, car la correspondance entre eux exista réellement.
 
Celle-ci, qu'il nomme Carmen Lispeguer de Gutiérrez, fille unique d'un grand propriétaire, est mariée à un héros de l'Indépendance, beaucoup plus vieux et handicapé des suites de blessure de guerre.
Johann s'amourache d'elle dès son arrivée à Valparaiso, en 1834, comme il avait coutume de le faire avec ses modèles, ''femmes typiques'' des Amériques, avant que leur portrait ne révèle des imperfections et que surtout la "desenganadora'' ne le poursuive (la mort qui le pousse sans cesse à abandonner ses amours). Mais la passion va vite lui faire oublier ses ''femmes typiques''pour un caractère bien trempé de femme intellectuelle et sensuelle à la fois. Les lettres de Carmen s'entremêlent au récit sur une période de cinquante ans, offrant un contre point au récit principal.
L'histoire se corse avec l'arrivée de Charles Darwin, jeune savant rouquin obsédé par ses descriptions de la faune américaine, qui se révèlera puritain, maladif, sujet à des crises de panique, bref tout le contraire de  Joachim : "Tu te trouvais devant un ''naturaliste''. Un homme de science, Moro, un de ces êtres que tu étais arrivé à détester. De ces ingénus ou ces fats qui allaient de par le monde en croyant dévoiler ses mystères." Or ils vont devoir partager cet amour, puis une drogue traditionnelle, perdus au coeur des Andes. En effet la jalousie de Carmen va déclencher une série de catastrophes, fuite avec le jeune Darwin, avalanche au pied de l'Aconcagua, refuge dans un tombeau inca, vengeance du mari et la conclusion inattendue de l'histoire.
C'est Carmen qui aura le mot de la fin : "Tu répétais toujours : "si tu te voyais avec mes yeux, tu saurais combien je t'aime''.
Maintenant qu'ils sont tous morts, que le monde d'hier s'est dépeuplé, je persiste à essayer de voir ce que tu as vu."
 
On pourrait situer ce roman dans la traditionnelle opposition nature/culture, ou encore passion/rationalité, deux thèmes classiques de la culture latino-américaine, certes, mais Franz renouvelle la thématique dans un récit puissant, haletant, remarquablement bien construit, qui nous donne une idée différente de ce Chili que l'on réduit souvent à sa côte ''méditerranéenne'' quand ce n'est pas au militarisme de la "Prusse de l'Amérique latine"! 

En opposant l'esprit scientifique et l'esprit artistique, Franz nous rappelle l'origine de la célèbre citation attribuée à Lénine :
''Mon cher ami, toute théorie est grise, alors que l'arbre de la vie est vert et doré.''
(c'est Goethe qui la place dans la bouche de Méphistophélès). 
 

Carlos-Franz_816x428

Posté par Trapiche à 15:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

25 juin 2017

“El Libro de la desobediencia”, de Rafael Courtoisie. (par Antonio Borrell)

el-libro-de-la-desobediencia

 

Editorial HUM, Montevideo, 2017. 180 pages.

ISBN : 978-9974-720-67-1

Rafael Courtoisie est né à Montevideo en 1958. Il a fait des études scientifiques en chimie et mathématiques. Il est romancier, poète, essayiste, scénariste, journaliste et enseignant, admirateur de Garcia Marquez, il est capable de réciter par cœur « Cien años de soledad ». Il a été professeur de diverses universités, tant en Uruguay qu’aux Etats Unis, et en Grande Bretagne. Il est membre de l’Académie des Lettres Uruguayennes. Sa poésie lui a valu de nombreux prix dans divers pays (notamment le prix Casa de las Americas en 2014), de même que certaines de ses nouvelles, et des romans. Une partie de ses œuvres ont été traduites en anglais, français, italien, roumain, turc… En France son roman « Saint Remède » est publié aux éditions L’Atinoir.

Ce livre fait penser par moments aux “Mains dessinant” de M.C. Escher, œuvre bien connue dans laquelle sur une feuille de papier deux mains tenant chacune son crayon se créent mutuellement sans que l’observateur puisse dire laquelle est la « vraie », celle qui commande à l’autre ou celle qui obéit.

Rafael Courtoisie prend plaisir à bousculer les codes et les normes des différents genres littéraires pour les dépasser en mêlant roman d’aventures, conte philosophique, poésie, essai, érotisme et  humour, grâce à une narration habile dans laquelle le poète Okoshi Oshura est à la fois « dedans » et « dehors », tantôt interpellant le lecteur, tantôt pris à partie lui-même par les personnages impatients, impertinents, désobéissants, du livre qu’il est en train d’écrire et dans lequel lui-même joue un rôle.

Yo, Okoshi Okura, ignoro lo que estos personajes saben, ignoro lo que voy a escribir. Esta historia me desobedece, se escribe sola, como se le antoja…

Dans un Japon médiéval fantastique où volent des serpents ailés et des ours mutants, la poétesse lesbienne Miniki règne sur une forteresse, un nid d’aigle, où est installée son Académie, et ses disciples, poétesses et amantes, sont également rompues à tous les arts martiaux des guerriers ninja, ainsi qu’à la magie et à la voyance. Sur ce pays règne un empereur sanguinaire et stupide, au service duquel le poète Okoshi Okura survit en écrivant des œuvres de commande, dans lesquelles il n’hésite pas à glisser des piques et des doubles sens qui échappent à la censure. Okoshi reçoit de l’empereur, à travers une cascade de sous-fifres, la commande d’un livre sur les monstres du Japon, et parallèlement il travaille à une œuvre personnelle, « Le livre de la désobéissance ». Dans ce livre, Miniki tombe sous le charme de Tanoshi, la favorite de l’empereur, et décide de l’enlever. Avec l’aide de ses disciples, les poétesses-ninja, elle organise une opération militaire digne d’un manga ou d’un dessin animé pour ramener Tanoshi dans sa forteresse-académie. Furieux, l’empereur va tout faire pour se venger !

Diverses péripéties cocasses en découleront, et on se laisse volontiers emporter par ce texte émaillé de clins d’œil, d’aphorismes, d’allusions, de jeux de mots interculturels et d’anachronismes volontaires qui ajoutent à la jubilation de la lecture…

19429627_10155461272412720_6568498820587833856_n

Posté par Trapiche à 18:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

10 juin 2017

“Los Ojos de una ciudad china”, de Gabriel Peveroni (par Antonio Borrell)

Los-ojos-de-una-ciudad-china-Gabriel-Peveroni

 

Editorial HUM, Montevideo, 2016, 200 pages.

ISBN : 978-9974-720-62-6

 

Gabriel Peveroni, né à Montevideo en 1969, fait partie d’une génération d’auteurs arrivés à l’âge adulte à la fin de la dictature militaire, passée par le rock et les fanzines, et il continue à animer un blog consacré à la musique, dont le titre en français serait « C’est la faute à Manu Chao » (La culpa la tuvo Manu Chao). Il est journaliste, auteur de poesie, de theatre et de romans : La Cura (1997, Alfaguara), El exilio según Nicolás et  Tobogán blanco.

 

CHINA GIRL

Ce roman choral, labyrinthique et assez déroutant, joue avec de nombreuses formes : témoignages croisés des protagonistes, notes, extraits d’œuvres littéraires imaginaires, mises en abyme et autres procédés pour composer une intrigue complexe flirtant avec la science-fiction, dans un monde extrêmement moderne, celui de Shanghai, métropole chinoise en pleine explosion économique, démographique et architecturale. Si certains évènements du passé restent très présents, surtout les atrocités commises par l’armée japonaises dans les années 1930, et celles des dictatures sud-américaines des années 1970, l’essentiel de l’histoire est situé dans les années 2005-2010, un passé récent pour nous qui la lisons aujourd’hui, mais c’est un monde légèrement différent du nôtre dans lequel le clonage humain est une technique plus ou moins maîtrisée, plus ou moins illégale, qui reste sous le contrôle d’organisations discrètes plus ou moins maffieuses qui trouvent à Shanghai des conditions favorables à leur existence. Dans ce décor uchronique on croise aussi une copie de Ziggy Stardust, le personnage autrefois incarné par David Bowie, et le lecteur ne peut s’empêcher de penser par moments au film « Blade Runner ».   

Au-delà de Shanghai, le livre nous conduit en Espagne, aux Etats-Unis, au Chili, en Argentine, aux Philippines, en Allemagne…  On se perd un peu dans cette lecture, parce que l’auteur l’a voulu et a construit son livre dans ce but : il maitrise son sujet et le lecteur doit jouer le jeu. Assez rapidement il devient difficile de discerner les différents niveaux de réalité, ou de fiction. Certaines pages sont prêtées à l’écrivain argentin Cesar Aira, qui existe vraiment dans notre monde, mais dans ce monde parallèle Cesar Aira écrit d’autres livres, avec le concours de « nègres » chinois, alors que d’autres protagonistes du roman sont des chercheurs qui écrivent eux-mêmes des études sur l’œuvre d’Aira, à moins qu’ils soient eux-mêmes des personnages de fiction. L’esprit de Roberto Bolaño et des « Détectives sauvages » hante ces pages, où son nom est plusieurs fois cité, comme celui de Mario Levrero, auteur uruguayen qui reste une référence pour toute la génération actuelle. 

Il est impossible et inutile de résumer un tel roman, on peut juste en donner un aperçu à travers une galerie de personnages. D’abord Xiaomei, vieille femme presque aveugle qui vit aujourd’hui à Shanghai, a été témoin dans son enfance du massacre de sa famille par des soldats japonais, puis sa propre fille est morte lors des évènements de Tian An Men, et elle a du élever Alaia, sa petite fille. Alaia travaille chez un couple de chiliens, Teresa et Arturo dont elle garde les enfants. Teresa travaille pour une grande multinationale, tandis qu’Arturo est enseignant et mène une recherche sur la poésie écrite par les prisonniers torturés des dictatures d’Amérique du sud : lui-même porte une lourde histoire datant de son enfance au Chili sous la dictature de Pinochet. Alaia a un petit ami nommé Joy, lequel ignore qu’il a plusieurs clones dans le monde, mais finira par le découvrir lors d’un séjour à Barcelone, à la recherche de sa mère. Brian est un ancien reporter de guerre espagnol qui a connu les pires horreurs, en compagnie d’Igor, son cameraman aragonais avec qui il entretient une relation homosexuelle houleuse mais durable. Reconvertis dans des reportages plus tranquilles ils travaillent pour une émission consacrée aux espagnols expatriés. Avant de quitter l’Espagne pour la Chine, Brian rencontre un des clones de Joy avec lequel il passe une nuit. Charlotte est une chercheuse et collègue d’Arturo qu’elle rencontre lors de colloques universitaires, ils ont une liaison. Elle est une spécialiste des œuvres de Cesar Aira, et surtout du roman « La trama infinita » dont un des personnages principaux est Igor, le cameraman passionné de rock marginal et en particulier du groupe « Los Suicidas ». Akira est un vieux soldat japonais resté vivre aux Philippines après la guerre, hanté par le souvenir du massacre de la famille de Xiaomei, auquel il participa, mais il est aussi un personnage de « Los ojos de Nanjin » autre roman de Cesar Aira, ou peut être un usurpateur … Brian et Igor se rendront aux Philippines pour y rencontrer Fran, un espagnol expatrié qui connait Akira. C’est là qu’ils rencontreront Charlotte… Cet inventaire, loin d’être exhaustif, donne une idée de la profusion de personnages et de liens souvent surprenants, auxquels s’ajoutent les origines mystérieuses de certains, des rencontres improbables dans des aéroports, des clones qui vieillissent trop vite, composant cette « trame infinie » d’histoires contenues en deux cents pages.  

11d30a3da37ca99229a694fc4ef10934_400x400

Posté par Trapiche à 02:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 mai 2017

“Mar Paraguayo”, de Wilson Bueno (par Antonio Borrell)

Wilson

 

 

Editions Iluminura, Bresil, 1992, 80 pages.

ISBN : ?

 

Né à Jaguapita en 1949, l’écrivain brésilien Wilson Bueno est mort tragiquement, assassiné par un rodeur dans sa maison à Curitiba en 2010. Il était un des principaux auteurs du Brésil contemporain avec des œuvres comme : "Bolero's Bar" (1986), "Manual de Zoofilia" (1991), "Cristal" (1995), "Pequeño Tratado de Brinquedos" (1996), "Jardim Zoológico" (1999), "A Cavalo" (2000), "Amar-te a ti nem sei se com Carícias" (2004) et "Cachorros do Céu" (2005).  Il fut aussi journaliste dans le domaine culturel.

"Mar Paraguayo" (1992) est une exception : son seul livre dans lequel se mêlent portugais, espagnol et guaraní. A ce titre il est considéré comme une œuvre fondatrice de la littérature en portugnol. Il a été également publié au Chili en 2001; en Argentine en 2005; et au Mexique en 2006. Une traduction en a été faite en « frenglish » par la poète canadienne Erin Moure, et devrait être disponible aux USA en 2017 chez Nightboat Books. Une édition en France en V.O. (portugnol) est aussi prévue pour septembre 2017.

 

Le titre est déjà un oxymore, le Paraguay est très loin de toute mer. « Mar Paraguayo » se situe aux confins de plusieurs langues et genres littéraires, entre nouvelle, roman et poésie. Ce long monologue véhément, où l’espagnol et le portugais se mêlent en parfaite et naturelle harmonie, est fortement marqué par l’apport du guarani, langue indigène lui donne un caractère mystérieux et une grande force poétique, surtout pour nous qui ne la comprenons pas. Le glossaire à la fin du livre est bienvenu pour ce vocabulaire guarani, mais le texte reste accessible à quiconque maitrise l’espagnol (ou le portugais).   (Voir l’extrait ci-dessous)

Monologue et confession d’une femme qui avoue un meurtre, le meurtre d’un homme, le « vieux » qui faisait de sa vie un enfer, cette vie dont elle commence un récit… « Je suis la putain de la plage » dit la première phrase. Et plus loin : « Je suis née au fond du fond du fond de mon pays » (Très loin de la mer, et sans doute aussi dans une grande pauvreté). Il est aussi question de sa grand-mère argentine. Le portugnol est la langue de la triple-frontière, entre Brésil, Argentine et Paraguay, pays du fleuve Paraná et des cataractes d’Iguaçu. C’est de là-bas que cette narratrice est venue pour vivre avec ce « vieux » près des plages de Guaratuba sur l’Atlantique, au sud du Brésil. C’est là qu’un autre homme apparait, très jeune et très beau, il passe dans la rue et c’est un coup de foudre...

A mesure que le récit avance, le doute apparait sur le meurtre, ou sur son auteur, la narratrice semble en tordre le fil, « femme araignée », tisseuse de « ñanduti », ou « mulher rendeira » comme dans la chanson nordestine, elle nous égare un peu, mais l’intrigue n’est pas l’aspect le plus important de cette œuvre expérimentale. Même si le portugnol existe réellement dans diverses régions frontalières du Brésil, il n’obéit à aucune norme officielle et chaque fois qu’un auteur s’en empare pour l’écrire, il le réinvente à sa manière, en toute liberté.

 

Les premières pages :

Yo soy la marafona del balneário. A cá, en Guaratuba, vivo de suerte. Ah, mi felicidad es un cristal ante el sol, advinadora esfera cargada por el futuro como una bomba que se va a explodir en los uranios del dia. Mi mar. La mer. Merde la vie que yo llevo en las costas como una señora digna cerca de ser executada en la guillotina. O, há Dios ... Sin, há Dios e mis dias. Que hacer?

Hoy me vejo adelante de su olhar de muerto, esto hombre que me hace dançar castanholas en la cama, que me hace sofrir, que me hace, que me há construído de dolor y sangre, la sangre que vertia mi vida amarga. Desde sus ombros, mi destino igual quel hecho de uno punhai en la clave derecha del corazón.

Ahora, en neste momento, yo no se que hablar com su cara dura, rojos los olhos soterrados, estos que eram mis ojos.

No, no lo mate porque su vida se entranhava en la mia. No, fue la suerte, ya lo disse. Mi suerte advinadora de la esfera, bólide y cristal: antes de todo yo já lo via más muerto que la muerte.

Nasci al fondo del fondo del fondo de mi país - esta hacienda guarani, guarania e soledad. La primera vez que me acerque del mar, o que havia era solo el mirar en el ver - carregado de olas y de azules. Además, trazia dentro en mim toda una outra canción -trancada en el ascensor, desespero, suicidados desesperos y la agrura.

No tuve miedo del gran abisrno de água e espuma. Lo mire duramente aún que todo en mi era apenas una alegria de niña en el sol, yo que a este tiempo ya volvia, con terror e manchas blancas por los pelos, já volvia ya el Cabo de la Buena Esperanza.

Mi cuerpo que engordo por non salir de esta sala oscura ande trac;o el destino, melhor el dele, o deste hombre que mis manos acabaran de assessinar suavemente - con una disposición de cisne y sabre. Ó era el que acabava de morir?

Fue simples: solamente lo tome desprevenido e con una, una sola distracción y el malo que era ser su atendente y obrigatória esclava, lo jogue al sofá con terror y susto - estranhamente mudo y en abrupta soledad. Ninguna gota de sangre para me poner en apuros, no, ninguna.

Prossigo el arte de la sortista, casa térrea con mangueiras en el jardin e sombreros por los quintales, sin hablar del sol, del rude sol mañanas, tardes y noches - el espantoso verano de Guaratuba quando se é diciembre e el mundo se pone de barracas y chicos por las playas coloridas pela tarde - esta pequenha gran artista de las tintas del cielo.

A la noche tengo mi trabajo: no que me enamore, no, non es esto, lo que digo es todo um labirinto de aran has que van teciendo en las quinas de la casa, mientras me perca frente al televisor assistindo a la novela de Sonia Braga - sus ancas que me ponen en arrepios toda la vez que aparecen en el video como se fuera la derradera disposición de una vida, mi vida, la vida - de viés.

Yo se que muerto está, que muelto el viejo viverá para siempre acorrentado a mi pecho, lo nodoso recuerdo de su língua sutil a explotar-me con gusto, gozo y orgasmo.

Yo, a cada vez, sonaba más y más con Braga, esta Sonia de mi vida marafa, aquellos profundos negros ver-se¡ ver. Ah, aqui en el balneário de Guaratuba ninguno que hable, nadie, ninguém¡ mi idioma que no sea el demmado silencio de las siestas calcinadas por el estio, con cigarras agonicas de cantar e pajaritos en las copas del flamboyant todo de risa con el verano, su risa de rubra florada¡ cerca de lo ibisco que me dije que já es tarde, que já es mucho tarde para morir.

Que idéia, que idéia la mia - já me esquecia, toda olvidada, de la única companhia que me hace decir, sin error: esto es concreto como el ibisco: mi perro, mi tiquito perro que atende por el ruído de Brínks e es tan pequetito, tan juguete-de-pelos, tan colita acima como se fuera una coma móbile y bifurcada.

Ahora es el drama. Añareta. Añaretameguá.

Desde que es hecho estos climas de humo y ansienedad de la alma, de quien el hecho de viver así, pm entre copas y espinos, garras y los huevos tan hechos - como es hecho casi nascer - de los escmpiones que ya salen para esto mundo con su rude ferrón? Do que hablo, tan en circunloquios es del cabaré. Observo: acá uno se llega para supuesta alegria, a lá o a cá la siempre inalcanzable felicidad, e se pone de risas contra las chicas, levanta-Ihes las saias, mete los dedos en la cava de sus corpetes oferecidos. Nadie vive sin humildad. Ñemomirí'há. Ñemomirí'. En mi idioma nativo las cosas san más cortas y se agregan con surda fe-rocidad. Ñemomirí'. Ñemomirí'há.

Quando adentro a estos quadrantes del mistério manífico de existir, de que exista el pútrido, el sórdido, el luxuriante, quando me flagro asi, casi suprema, tornase unas quantas cosas dentro, cerca, de nuevo, del infierno. El existe - sobrado de incendio y chama, lámpara en el fondo de nuestros ollas quemados.

Añaretameguá.

Tengo medo, tengo mucho miedo do que se puede, más adelante, O daqui há pouco, acontecer. Puede que sea el milagro, puede que sea el abismo. Paraí'pí'eté es el abismo todo en el mar.

La verdade es que nunca no lo se, e esto me pone pérdidamente medrosa, sin coragem siquiera para salir en la calle e passear mis leves vestidos longos, los colares, los braceletes y las madreperolas del brinco de orelha. Y el medo es una cosa viscosa que viene de dentro - devagar, pastando sus patas-de-pelos, llegando, sutil, para te pegar, após em panico, para te pegar - definitivamente - por las cardas del corazón. Hay quien, en nestos momentos, costumbre matar-se. Añareta que se mueve. No há Dios?

wilsonbueno-detalle

Posté par Trapiche à 19:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

18 mai 2017

“Este amor no es para cobardes”, de Martín Roldán Ruiz. (par Antonio Borrell)

este-amor-no-cobardes-martin-roldan-ruiz-253

 

 

Editorial Piloto de Tormenta, Buenos Aires, 2016, 90 pages.

ISBN : 978-987-29652-9-7

Martín Roldán Ruiz est né à Lima en 1970 et il y vit toujours. Au milieu des années 80 il était musicien « punk hardcore » évoluant dans le milieu du « rock subterraneo » à l’époque où le terrorisme du Sentier Lumineux et la répression de l’état faisaient régner la terreur au Pérou. Il a fait ensuite des études de journalisme, se découvrant un talent de conteur. Il est aussi et surtout « hincha » (supporter) inconditionnel du club de football « Alianza Lima ». En 2007 il publie d’abord à compte d’auteur, puis chez un éditeur local son premier roman « Generacion Cochebomba », repris en 2015 par un éditeur espagnol : cet ouvrage a déjà été chroniqué par le Trapiche. « Este amor no es para cobardes » a été publié d’abord au Pérou puis en Argentine.

Martín Roldán Ruiz se déclare influencé par les auteurs péruviens Julio Ramón Ribeyro, Mario Vargas Llosa, Enrique Congrains, Antonio Gálvez Ronceros, Miguel Gutiérrez et les étrangers Albert Camus, Juan Rulfo, André Malraux, Franz Kafka, Jorge Luís Borges, Gabriel García Márquez.

Beaucoup moins épais que le roman « Generacion Cochebomba », ce recueil de huit nouvelles permet de découvrir l’univers de l’auteur, ses personnages issus des quartiers populaires de Lima, souvent des migrants arrivant des Andes, des marginaux, des « hinchas » violents membres des « barras bravas » qui s’affrontent en batailles de rue, jeunes gens embrigadés dans l’armée ou dans le Sentier Lumineux… L’auteur écrit une langue ou l’argot populaire est très présent. Cet amour interdit aux lâches est celui du maillot (camiseta) de l’équipe dont les couleurs et l’honneur doivent être défendus par-dessus tout, même au prix d’une vie. C’est la rivalité entre les clubs « Alianza » et « Universitario » qui est au cœur de toutes les histoires.

Dans « Los Culpables » deux frères prennent deux chemins différents, celui du Sentier Lumineux et de la clandestinité pour l’ainé, celui du hooliganisme pour le cadet, mais la violence de rue les amènera à se croiser à nouveau. Le personnage décrit dans « El Coyote » est aussi un « hincha » très violent en paroles, et qui va confesser un épisode encore plus violent de son passé dans l’armée, quand son capitaine lui donna l’ordre d’exécuter un terroriste prisonnier, porteur de la « camiseta » aux couleurs du même club que lui… D’autres nouvelles illustrent le caractère populaire, ouvrier et non-raciste des « barras » du club « Alianza » dans les quelles races et cultures se mélangent, alors que le club « Universitario » est plus élitiste.

« Batacazo » raconte un conflit entre jeunes et anciens au sein d’une « barra », sur fond de trafics de billetterie, et « La camiseta ensangrentada » plonge dans une bagarre générale au dénouement tragique, et sans aucun espoir car le sang se paye par le sang et la vendetta s’impose…

este-amor-no-cobardes-martin-roldan-ruiz-254

 

 

 

Posté par Trapiche à 22:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,