LES LETTRES DE MON TRAPICHE

30 novembre 2017

« Cordón Soho » , de Natalia Mardero. (par Antonio Borrell)

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Editorial Estuario, Montevideo, 2014, 100 pages

ISBN : 978-9974-720-09-1 

 

Née à Montevideo en 1975, Natalia Mardero est diplômée en communication sociale, et journaliste. Elle publie de la littérature depuis le début des années 2000, et notamment de la S.F.  En 2001, « Posmonauta » , en 2004 (réédition en 2016), « Guía para un universo », puis en 2012, « Gato en el ropero y otros haikus », et 2014, « Cordón Soho ». Elle est aussi DJ à ses heures…

L’histoire commence un matin de sévère gueule de bois dans un appartement en grand désordre, après une nuit de fête. Deux jeunes femmes, Valentina et Tati, partagent ce logement: la première est plus attirée par les filles, la seconde par les garçons. Nous sommes à Montevideo, en hiver, au début des années 2010, dans la jeunesse urbaine et « branchée » qui aime la musique, les concerts rock dans les « boliches », la danse, la bière, la fumée, la drague, les drogues, les nuits blanches… ( Cordón Soho est le nom d’un quartier du centre de Montevideo où se trouvent de nombreux bars, restaurants, discothèques) 

Valentina travaille dans une petite agence de publicité et de graphisme, avec ses jeunes collègues elle passe ses journées sur des écrans, ils écoutent de la musique et leur créativité leur vaut les compliments du patron qui pourtant trouve toujours des raisons de différer le paiement de leur maigre salaire. Les fins de mois sont difficiles et créent des tensions entre les amies et colocataires.

Lors d’une soirée, Valentina a rencontré Carolina, qui lui plait beaucoup, bien qu’elle ait un copain. Elle la croise à nouveau lors d’un concert. Une relation commence, mais Carolina laisse parfois Valentina trop longtemps sans nouvelle: c’est l’attente anxieuse d’un SMS, d’un « j’aime » sur Facebook, les interrogation sur le « pourquoi » de ce silence… L’une voudrait une relation suivie, avec un peu d’engagement, l’autre préfère s’amuser et profiter de la vie. Autour de ces personnages principaux, tournent quelques autres : Pablo le collègue de l’agence publicitaire, Miguel le jeune cinéaste, Gizmo l’artiste plasticien, un peu dealer…

C’est un roman intimiste qui malgré sa brièveté nous fait entrer en empathie avec ses protagonistes, grâce à une écriture à la fois simple, fluide et riche. Mêlant des aspects typiquement montévidéens et d’autres plus cosmopolites, il nous permet aussi de découvrir la société urbaine contemporaine de l’Uruguay. Cette lecture enrichit et complète celle de « La Uruguaya » de l’Argentin Pedro Mairal, roman déjà passé au Trapiche il y a quelques mois.

Pour accompagner la lecture l’auteur propose une bande sonore, musicale et vidéo, sur youtube sous le titre « Cordón Soho ».

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26 novembre 2017

« Camino a Trinidad », de José Andrés Rojo (par Darío Jaramillo Agudelo, traduction de Laurence Holvoet)

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 Editorial Pre-Textos, Valencia, Espagne, 2016

ISBN: 978-84-16453-97-9

 

Le poète colombien Darío Jaramillo Agudelo qui a tout récemment reçu le Premio Nacional de Poesía de Colombia, en plus d’être un écrivain de grand talent, est un lecteur effréné de littérature en tout genre, et en particulier de la production latino-américaine très contemporaine. À l’occasion de la publication en français de l’un de ses romans, j’ai eu le plaisir d’entrer en contact avec lui et de découvrir qu’il est lui-même rédacteur de reseñas qui sont mises en ligne deux fois par mois sur le blog d’une maison d’édition de Bogotá, Luna Libros. Nous vous invitons à découvrir ici toute les éditions de ses Apuntes de  « Gozar leyendo ». Cependant, avec son autorisation, j’ai le plaisir d’en traduire une pour vous, parue dans sa ‘livraison’ du lundi 2 octobre dernier. Il nous parle là d’un roman écrit par un Espagnol né à La Paz où il a passé son enfance et qui évoque les guérillas qui ont marqué et marquent encore l’Amérique Latine.

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À noter que si Darío Jaramillo Agudelo est un homme connu en Colombie, c’est encore un quasi inconnu en France et que c’est un jeune éditeur du Gard, Yovana, qui a eu l’audace d’être le premier à publier l’un de ses ouvrages en français, un roman intitulé « Memorias de un hombre feliz » qui a été traduit par mes soins et publié en français sous le titre de « Mécanique d’un homme heureux ». Son regard sur le travail de ses collègues contemporains est empreint d’une curiosité pleine de bienveillance qui nous en dit long sur lui-même.  (Laurence Holvoet)

 

José Andrés Rojo est un journaliste espagnol né en 1958 à La Paz, Bolivie, pays où son grand-père paternel, fuyant l’Espagne franquiste, s’était installé. C’est à l’âge de treize ans qu’il est arrivé en Espagne où il fera des études de sociologie. Il travaille aujourd’hui pour El País. Camino a Trinidad’ (Pre-Textos, 2016) est son premier roman ; en 2006, il avait reçu le prix Comillas - qui récompense des ouvrages de biographies historiques - pour la biographie de son grand-père ‘Vicente Rojo, Retrato de un general republicano’.

« Camino a Trinidad », de José Andrés Rojo (par Darío Jaramillo Agudelo)

C’est courant : nombreux sont les livres pour lesquels il est impossible de distinguer s’ils sont une fiction, une chronique, des mémoires, une biographie ou une autobiographie. Le livre de José Andrés Rojo (Espagnol né à La Paz en Bolivie en 1958) est l’un de ceux-là. Sa toile de fond est historique : la Bolivie (et collatéralement l’Amérique Latine) des années soixante et soixante-dix, la fièvre des soulèvements armés, depuis la guérilla du Che aux insurrections qui ont suivi, en particulier la guérilla de Teoponte : soixante-sept ‘guérilleros’ contre mille deux cent cinquante militaires « plus les avions qui les ont bombardés (même avec du napalm, comme au Vietnam) ». Je mets le mot guérilleros entre guillemets parce que leur entraînement était minimaliste ; il s’agissait plutôt de croyants obsédés par la révolution, d’adolescents mal armés malades d’un optimisme suicidaire, enivrés par un discours « plein de solennité , bien sûr, car il était question du futur, de se libérer des chaînes, de transformer le monde. Nous avons utilisé les mots les plus ronflants avec une familiarité stupéfiante, sans le moindre sens du ridicule ». En toile de fond toujours, il y a Ainsi parlait Zarathoustra. À l’époque où il était possédé par la fièvre aveugle de la révolution armée, le narrateur et protagoniste faisait une lecture  dévote de Nietzsche. Finalement, et paradoxalement, ce sont des textes de Nietzsche que sortiront les critiques les plus féroces du sectarisme des rédempteurs armés contre l’état au nom du marxisme-léninisme. Le portrait qui en résulte ici, c’est « cet étrange mélange fait d’idéalisme et d’entêtement aveugle, de grande générosité et de trouble ressentiment, de courage suicidaire pour libérer le monde et de gestes purement nihilistes, et qui s’agite en lui, fermant toute perspective de futur ».

Ça, c’est le décor. L’histoire qui lui vaut l’étiquette « roman » - et pas forcément celle de fiction – est celle que raconte le narrateur et qui est arrivé vingt ans plus tard à l’un de ses amis de cette époque de vérole guérilleresque.

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13 novembre 2017

« Prohibido besar a las cholas », de Luiz Carlos Reátegui. (par Jorge Cuba Luque)

 

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Grupo editorial mesa redonda, 2017, 72 pages

ISBN : 9786124300

 

Luiz Carlos Reátegui est né à Loreto (Perou)  en  1985. Il est avocat. Il a obtenu différents prix littéraires pour ses nouvelles (Cuba, Espagne, Argentine). En 2014 il publie Isabella Nápoles, roman historique bien reçu par la critique. Prohibido besar a las cholas (Il est interdit d’embrasser les ‘cholas’) est paru cette année.    

 

Pour un lecteur non péruvien le titre Prohibido besar a las cholas du recueil de nouvelles de Luiz Carlos Reátegui, peut paraître une bizarrerie, mais le Pérou est une nation essentiellement métisse, c'est-à-dire le résultat du brassage des populations autochtones et européennes notamment espagnoles. Et tout Péruvien sait bien que le terme « cholo » est synonyme de métisse…mais dans l’ancien pays des Incas il y a métisse et métisses. Les cholas du titre sont en fait des métisses à forte ascendance andine, autrement dit les victimes des préjugés racistes car le Pérou est une société ancré dans le racisme.

Mais ici on parle de littérature, pas de sociologie, et ce que Luiz Carlos Reátegui a voulu faire avec ce recueil c’est de représenter la ville de Lima telle qu’il la connait ou, plutôt, telle qu’il la ressent : ses personnages sont souvent des solitaires même s’ils sont entourés de gens.  Dans « Reflejo » le premier des dix récits du volume, le narrateur peu  à peu nous fait connaître sa laideur, laquelle aura fait de lui un exclu malgré ses efforts pour s’approcher des autres, les jeunes gens petits bourgeois de Lima. Efraín, personnage de « El hombre que saltó y voló », une autre des nouvelles, est aussi un exclu, un marginal, un handicapé qui traine une jambe; un jour il sauvera in extremis la vie d’une petite fille mais bien qu’il reçoive les remerciements du père, il  sait qu’il restera quelqu’un de différent qui n’a que son monde à lui pour se sentir bien et un, un jour, il décide de s’envoler : il saute du bord d’un précipice.  Ces deux histoires abordent le thème de l’exclusion sociale mais Luiz Carlos Reátegui les a élaborée avec finesse, axées sur l’intériorité de ses personnages. 

Quant à Lucio, le narrateur de « La mesa del rincón », ce n’est pas un exclu, du moins pas comme les autres. C’est un jeune homme qui suite à un divorce a perdu son statut social aisé et aujourd’hui est serveur dans un restaurant au cœur de Lima. Le salaire est modeste mais ce sont les pourboires  laissés par les clientes  (journalistes, hommes d’affaires, politiciens) qui le font monter en provocant une amicale rivalité entre les serveurs. Un jour se met à table un type à l’allure argentée à juger par ses vêtements. Lucio s’occupe de sa commande mais au moment de régler l’addition, en profitant de l’absence du serveur, le client disparait sans payer. Lucio est évidement  déçu mais il ne le dit pas, le lecteur le lit entre lignes et  l’on comprend que cette déception dépasse l’absence du pourboire. Car les personnages des nouvelles de ce livre  sont des êtres fragiles, mais qui gardent l’espoir.  

Dans ce sens, « Prohibido besar a las cholas » la  fragilité et l’espoir récompensent au personnage principal car il arrive  à être compris et aidé par un autre être humain, c'est-à-dire, sans aucun intérêt. Un jeune cadre d’une entreprise de Lima a une « manie » mal vue par ses collègues, celle de saluer en l’embrassant la femme de ménage,  Ernestina, une chola. Un jour, le jeune homme se verra refuser un prêt bancaire nécessaire à son inscription en master. Ce sera Ernestina qui lui donnera la piste pour accéder au prêt de la banque. 

Luiz Carlos Reátegui nous propose ici des nouvelles sur des gens simples, sur la bonté. Il y a des échos des récits de l’Américain O. Henri mais le Péruvien a ses propres signes d’écriture, nourris de la façon de parler ds gens de Lima tout en gardant une structure formelle. Prohibdo besar a las cholas est un de ces livres qui font du bien car il est conçu et élaboré sans prétentions , et nous fait nous sentir solidaires de ses personnages en qui nous nous reflétons. 

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09 novembre 2017

"La esposa del Dr Thorne" de Denzil Romero. (par Antonio Borrell)

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Collection « La sonrisa vertical » , Editorial Tusquets, Barcelone, 1988, 210 pages.

 ISBN : 84-7223-360-X

 Denzil Romero (1938-1999), était un écrivain vénézuélien. Fils d’enseignants il se passionne très tôt pour la littérature mais il fait des études de droit et devient avocat, puis professeur de philosophie et de littérature. Auteur de romans historiques il verse volontiers dans « l’exagération du réel », la satire, l’érotisme et le « pseudoréalisme ». En 1983 il reçoit le prix Casa de las Américas pour « La tragedia del generalísimo », et en 1988 le prix « La Sonrisa vertical » pour « La esposa del doctor Thorne ». Il reconnait les influences d’Alejo Carpentier, Carlos Fuentes, Jorge-Luis Borges, José Donoso, Reinaldo Arenas, Proust, Faulkner…. Son tempérament satirique et iconoclaste lui a valu l’épithète d’ « antibolivarien », et son manque de déférence envers les « grands hommes » du passé lui attira quelques détracteurs acharnés. 

 Aucune de ses oeuvres n’est traduite en français : El hombre contra el hombre (1977), Infundios (1978, cuentos), El invencionero (1982, cuentos), La tragedia del generalísimo (1983, novela), Lugar de crónicas (1985), Entrego los demonios (1986, novela), Grand Tour (1987, novela), La esposa del Dr. Thorne (1987, novela), Tardía declaración de amor de Seraphine Louis (1988, novela), La carujada (1990), Parece que fue ayer (1991), El corazón en la mano (1993), Tonatio Castilán o un tal dios Sol (1993), Amores, pasiones y vicios de la Gran Catalina (1995), Para seguir el vagavagar (1998).

« La esposa del doctor Thorne » est une « biographie érotique » romancée de Manuela Sàenz, grande figure de l’épopée indépendantiste de l’Amérique latine, née à Quito capitale de l’actuelle république d’Equateur, célèbre pour sa grande liberté de moeurs, devenue la maîtresse de Simòn Bolivar, à qui elle sauva ensuite la vie lors d’un attentat. Manuela Sàenz a fait couler beaucoup d’encre, biographes et romanciers plus ou moins bien intentionnés, plus ou moins bien renseignés, on écrit sur elle à diverses époques : le livre de Denzil Romero s’inscrit donc dans une continuité, presque dans un genre spécifique créé autour de cette femme controversée. Publié avant « El General en su laberinto » (1989) de Gabriel Garcia Màrquez, « La esposa del doctor Thorne » commence par deux chapitres consacrés à Bolivar, au sommet de son pouvoir à Bogota en 1828, mais déjà proche de sa fin qui viendra en 1830. Alors qu’il participe à des réunions politiques, le Libertador pense à Manuela, et rêve de la rejoindre. Le troisième chapitre change donc complètement d’angle et se focalise sur elle en commençant par son enfance. 

 On est transporté dans le Quito de la fin du dix-huitième siècle et du début du dix-neuvième, colonie espagnole au coeur des Andes équatoriales, ville très catholique aux moeurs complètement dépravées, où même les monastères sont devenus des lupanars. Fille adultérine de deux riches créoles, Manuela baigne dans le péché dès avant sa naissance. En 1809 et 1810, alors qu’elle est encore enfant, commencent les premiers mouvements indépendantistes, durement réprimés. Sa mère la met à l’abri à la campagne, où elle vit une période idyllique en compagnie de ses deux jeunes esclaves noires, Jonatàs et Nathan, qui la serviront fidèlement toute sa vie. 

 A l’adolescence elle doit revenir à Quito où son éducation est confiée à un couvent. Ce sera l’occasion de ses premières expériences saphiques, avec un cousine religieuse, puis hétérosexuelles avec un moine, rien que de très ordinaire en ce temps et dans cette ville, dont l’auteur brosse un tableau aussi réaliste qu’irrespectueux. Intrigues ecclésiastiques et politiques, révoltes de bonnes soeurs et vices en tous genres en font le quotidien. Puis Manuela s’amourache d’un officier qui l’enlève de son couvent et la conduit au port de Guayaquil où ils vont se livrer à la débauche avec des marins tatoués venus de tous les horizons. Après cette histoire, retour à Quito où ses parents décident de la marier à un notable anglais, pour faire taire les mauvaises langues. C’est ainsi qu’elle devient « l’épouse du docteur Thorne ». Le couple déménage à Lima, capitale du vice-royaume du Pérou, et en bon mari, peu porté sur la chose, le docteur embauche un jeune et beau page, David, en espérant qu’un amant disponible à la maison retiendra sa femme de chercher ailleurs. Ce qui est mal la connaître…

 Lima restant la capitale des royalistes fidèles à l’Espagne, elle devient la cible des armées indépendantistes venant du sud avec le général San Martin, et du nord avec Sucre et Bolivar. Le tourbillon de l’histoire va s’emparer de Manuela, dont les sympathies vont aux indépendantistes. Sa meilleure amie étant l’amante de San Martin à Lima, Manuela devient celle de Bolivar, quitte son mari, et s’en va de bataille en bataille à travers les Andes. Elle sera encore avec lui dans l’exercice du pouvoir en Colombie, une fois l’indépendance acquise. Il est un peu dommage que le roman n’aille pas jusqu’au bout de cette vie trépidante et finisse en que de poisson.

 L’écriture de Denzil Romero, dans ce livre, est dense, parfois baroque, pleine d’énumérations, de références savantes, et elle pastiche un style dix-huitième qui a quelque chose de français et bien sûr de libertin. Il y a un peu un excès de scènes de sexe savamment décrites mais manquant un peu de passion, et qui de ce fait n’apportent pas grand-chose au récit… Parfois on tombe dans l’exercice de style, mais dans l’ensemble cette fresque bouscule quelques sacro-saints personnages historiques, San Martin en prend pour son grade, et cette désacralisation des gloires nationales est plutôt salutaire quand certains essayent de créer une religion bolivarienne assez farfelue.

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19 octobre 2017

“Cuentos” de Francisco Espinola. (par Antonio Borrell)

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Editorial Casa de las Americas, Cuba, 1975, 150 pages. 

Sans ISBN.

 

Francisco “Paco” Espinola, est mort à Montevideo le 26 juin 1973, veille du coup d’état militaire qui allait instaurer douze ans de dictature. Il était né à San José, au nord-ouest de Montevideo, en 1901, et avait donc huit ans de plus que Juan Carlos Onetti. Apres des études inachevées en médecine, il se tourne vers le journalisme. Il écrit pour les jeunes comme pour les adultes et se fait connaitre comme conteur. Au milieu des années 1930 il participe à un soulèvement armé contre le dictateur Gabriel Terra, mais il est arrêté et emprisonné. Dans les dernières années de sa vie, il adhère au parti communiste uruguayen. Ses œuvres les plus connues sont “Raza ciega” (cuentos 1926), Saltoncito (novela para niños 1930), Sombras sobre la tierra (novela 1933), Qué lástima (cuento 1933), La fuga en el espejo (teatro 1937), El rapto y otros cuentos (cuentos 1950). Elles ne sont pas encore traduites en français, mais un éditeur s’y intéresse fort.

 

Cette anthologie publiée à Cuba peu de temps après la mort de l’auteur réunit neuf textes parmi les plus connus, écrits des années 20 aux années 50. Ces nouvelles nous plongent dans l’Uruguay rural profond, religieux et superstitieux, et donc beaucoup plus latino-américain que Montevideo la capitale, très européenne et laïque. Ce sont des histoires de « gauchos », de chevaux, de bétail et d’hommes rudes qui sortent facilement leur couteau quand le ton monte, comme dans un « far-west » austral. Les nombreux dialogues rendent compte du vocabulaire et de la prononciation peu académiques de ce parler, véritable défi pour qui devra le traduire en français. Les mariages, les décès et autres évènements familiaux et religieux marquent la rude vie des gauchos et sont très présents dans ces contes dont le réalisme presque documentaire ne cache pas une empathie pour ces personnages.

 

Dans « Visita de duelo » (Visite de deuil), c’est un jeune homme qui est mort d’une douloureuse maladie, tandis que dans « Pedro Iglesias », une veuve épouse un second mari, mais son fils n’accepte pas ce « beau-père » et leur conflit aboutira à un dénouement surprenant. C’est le travail des gauchos avec leurs troupeaux qui est évoqué dans  « Yerra » (Ferrade, dirait on en Camargue) : Eugenio sauve la vie de Jesùs, un homme qu’il déteste, en déviant une bête furieuse qui fonçait sur lui. « El angelito » raconte la longue veillée funèbre d’un bébé chez un couple de « peones ». On boit, on mange, on danse aux frais du patron de l’hacienda dont la générosité ostensible pousse le lecteur à s’interroger sur son lien avec l’enfant mort… 

 

« El hombre pàlido » (L’homme pâle) est un cavalier qui, un soir d’orage et de pluie, demande l’hospitalité dans une maison isolée où vivent une jeune fille et sa mère, le père étant en voyage. Qui est cet homme, quelles sont ses intentions réelles ? La jeune fille est troublée par ce voyageur, qui cache un terrible projet…

 

« El rapto » est un texte poignant: une petite fille dont le père est alcoolique subit la déchéance de ses parents. Son amitié avec les enfants d’une famille voisine ne lui permettra pas d’échapper à son sort. « Los cinco » et « Qué làstima » sont encore des histoires de gauchos et le dernier texte, « Rodriguez » histoire saisissante, nous plonge dans une nuit fantastique où un cavalier solitaire rencontre un personnage inquiétant, peut être même le diable en personne… 

 

Il faut découvrir « Paco » Espìnola, dont l’influence se fait encore sentir chez de jeunes auteurs, notamment Martin Bentancor déjà évoqué dans « Les Lettres de mon Trapiche ».

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08 octobre 2017

“Las Muertes inevitables”, d’Iván Carrasco Montesinos. (par Antonio Borrell)

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Editorial Montesinos, Barcelone, Espagne, 1996, 110 pages.

ISBN : 84-89354-35-9

 

Ivan Carrasco Montesinos, écrivain et peintre équatorien, né à Chalagsi, dans la région de Cuenca en 1951dans une famille aisée, réside à Terrassa en Catalogne depuis de longues années. Devenu bachelier a 18 ans,  il a d’abord  voulu vivre aux Etats Unis mais au bout de quelques mois la déception est telle qu’il retourne dans son pays natal pour y faire des études d’architecture, de peinture et de musique. Apres quoi il émigre vers l’Europe et se consacre surtout à la peinture. Dans les années 80 il publie ses premiers textes dans diverses revues, fanzines et recueils collectifs. En 1992 son premier recueil « Relatos de atrás » est publié en Equateur, et en 1996 « Las muertes inevitables » autre recueil de nouvelles est édité en Espagne. Son recueil « Un canto en los dientes » (2001) a déjà fait l’objet d’une chronique dans ce blog.  Par ailleurs certains de ses textes sont disponibles en français sous forme numérique pour liseuse Kindle.

 

Les morts inévitables surviennent à la fin de la plupart des vingt-cinq textes de ce recueil, vingt-cinq « contes cruels » généralement très courts, souvent teintés de fantastique ou d’ironie, et qui ne laissent guère d’échappatoires à leurs malheureux protagonistes. Les récits sont souvent situés dans l’un ou l’autre des pays de l’auteur, Espagne ou Equateur.

Le premier texte, « El Jurupi » nous plonge dans les souvenirs d’enfance, évoqués dans « Un canto en los dientes », un homme revient dans l’hacienda en ruines ou il passait ses vacances, quelque part dans les Andes et se souvient de son chien… Dans le second texte c’est un chat qui va payer très cher sa profonde empathie avec son maitre. Un mélomane pousse son amour des instruments étranges jusqu’à s’exposer au son mortel d’une flute indienne taillée dans un os humain, un autre sera victime de son casque audio en traversant la rue dans un village andin.

Plus loin c’est un père Noel trop généreux, étouffant sous sa houppelande dans le climat équatorial de Guayaquil, qui connaitra quelques mésaventures,  ou bien un joueur compulsif qui sombre dans une relation perverse avec une machine de casino. Une autre des nouvelles est un hommage à Borges, mais ce n’est qu’un répit car ensuite le massacre continue, toujours avec un sourire en coin.

Iván Carrasco

 

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05 octobre 2017

“Locura circular” de Martin Lombardo. (par Antonio Borrell)

9788493756246

 

Los libros del lince, Barcelona, 2010, 140 pages.

ISBN : 978-84-937562-4-6

Né à Buenos Aires en 1978, Martin Lombardo est diplômé en psychologie, puis il poursuit des études de littérature ibéro-américaine à Bordeaux, discipline qu’il enseigne actuellement à l’Université de Savoie. Il est aussi psychanalyste. Auteur de publications académiques, « Locura circular » (Libros del Lince, 2010) est son premier roman. « La Mujer del olvido », son second roman a déjà fait l’objet d’une chronique dans ce blog.

Pour qui découvre ce premier roman peu après avoir lu le second, un certain nombre de différences sont flagrantes. « Locura circular » nous plonge dans Barcelone et sa « faune » urbaine où se mêlent autochtones et sud-américains de diverses origines, brassant une diversité humaine qu’on ne trouve pas dans le huis-clos angoissant de « La Mujer del olvido ». L’action de « Locura circular » est aussi située dans le temps (il y a plusieurs allusions aux émeutes des banlieues françaises en 2005), ce qui n’est pas le cas dans l’autre roman.

Dès les premières pages on se laisse accrocher par une certaine dose d’humour : le narrateur, qui n’a pas de nom, est un musicien argentin venu vivre à Barcelone, dans le quartier d’El Raval, où il a débarqué avec sa guitare électrique et les CD de Charly Garcia, rocker qui est son idole jusqu’à l’obsession, et dont un grand nombre de citations ponctuent le livre. Il y survit dans une pièce minuscule et sans meubles. Dès le début du livre ce narrateur est en rupture amoureuse avec une femme, Lucrecia…

Parmi ses voisins il y a un autre argentin, « l’écrivain », un écrivain qui n’écrit pas et qui survit en vendant son sperme. Parmi ses amis, Neurus et El Estrecho, deux autres musiciens avec qui il joue, multipliant les noms des groupes qu’ils forment pour jouer dans plus de lieux.

“… a Neurus no le gustan los latinoamericanos. El rechaza todo lo que sea latino. Así que debe de ser o chileno o argentino o uruguayo. No hay otra.”

L’écrivain a un voisin aveugle qui ne sort jamais de chez lui et se cache même de Teodora, sa femme de ménage péruvienne, qui envoie tout l’argent qu’elle peut dans son pays. Teodora a une amie argentine, « La Travesti Lacaniana » toujours accompagnée d’un petit chien baptisé « La Can ». Il y a aussi Lady G, dont Neurus est amoureux, et « La Mujer que no hace preguntas » adepte du sexe tantrique. Et tout ce monde marginal dérive de bar en bar, arrivant parfois à se faire inviter dans une fête dans un quartier plus chic…

Le décor planté et les personnages campés, le lecteur se réjouit d’avance d’une histoire prometteuse, truculente, ou peut être noire, ou les deux à la fois. Malheureusement l’intrigue peine à décoller, et quand, arrivé presque à la moitié du livre, court la rumeur de la mort de l’aveugle, on s’attend à une accélération qui ne vient pas : on continue de monologue en digression, toujours entre citations de Charly Garcia, on sourit à quelques trouvailles, mais le cœur n’y est plus trop…

On attendra donc le troisième roman de cet auteur avec espoir, car le second était déjà meilleur que le premier… 

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15 septembre 2017

“La Uruguaya”, de Pedro Mairal. (par Antonio Borrell)

9788416213993

 

Libros del Asteroide, Barcelona, 2017, 140 pages

ISBN : 978-8416213993

 Pedro Mairal, né en 1970, est un auteur déjà largement reconnu, tant dans son Argentine natale que dans divers autres pays, ses œuvres ayant été traduites en français, italien, portugais, polonais, allemand… Ayant vite abandonné des études de médecine, il s’est tourné vers les lettres et l’enseignement. Son premier roman, « Una noche con Sabrina Love » a reçu le prix Clarin en 1998, puis a été adapté au cinéma. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages (romans, poésie) et de chroniques dans la presse. En France ses livres sont publiés chez Rivages : Tôt ce matin (2004), Une nuit avec Sabrina Love  (2006), L’intempérie (2007),  Salvatierra (2011) et peut être prochainement L’Uruguayenne ?

C’est une lecture assez jubilatoire et, pour qui découvre l’écriture de Pedro Mairal, une invitation à lire ses romans précédents. Une littérature de chair, d’humour, d’émotion, et une plongée dans l’Argentine et surtout l’Uruguay des années 2010 a 2015, au temps de Mujica et Kirchner, au temps (pas tout à fait révolu) du trafic illégal de dollars entre les banques uruguayennes et les agences de change clandestines des rues de Buenos Aires, une évocation de l’Uruguay petit pays si atypique en Amérique du Sud à travers le regard attendri d’un Argentin, cousin si proche et si différent…

La narration alterne première et seconde personne du singulier, comme une confession dans laquelle le narrateur s’adresse à sa femme. C’est un couple en pleine rupture : Lucas Pereyra, écrivain argentin traverse la crise de la quarantaine, il soupçonne sa femme d’avoir un amant, et s’est permis lui-même quelques incartades. Ils ont un jeune fils, principal lien qui les retienne ensemble. Issus de classes sociales moyennes supérieures, ils ressentent l’appauvrissement progressif qui les frappe, conséquence de la crise argentine mais aussi du fait d’être écrivain. Le mari doit de l’argent à sa femme qui travaille pour une grande entreprise médicale. Comme beaucoup d’argentins, il possède un compte dans une banque uruguayenne, où il se fait payer en dollars ses droits en provenance de pays étrangers. Seul inconvénient de la ruse : il faut aller soi-même retirer de grosses sommes en liquide de l’autre côté du Rio de la Plata, et les ramener en Argentine à ses risques et périls…  

Lucas embarque donc un matin, très tôt, sur le ferry pour Montevideo avec l’intention d’en revenir riche dans la soirée, mais aussi avec l’espoir d’y retrouver Magali, une jeune uruguayenne rencontrée quelques mois plus tôt, et de passer un moment au lit avec elle, car malgré l’attirance réciproque ils n’en ont pas encore trouvé l’occasion.  

Les cent-quarante pages du roman sont le récit de cette folle journée, ponctué d’un certain nombre de flash-backs (la rencontre littéraire à la plage de Valizas, parmi les hippies et les rastas, avec le clin d’œil à Gustavo Espinosa, écrivain uruguayen que les lecteurs du Trapiche connaissent, ou la tirade sur les médecins, et le dialogue entre un évangélique et une témoin de Jehova dans le car) , de réflexions et digressions sur le couple, la paternité, les tentations, les infidélités, le désamour, le désarroi du quadragénaire retombant en adolescence, toujours avec émotion et ironie, une journée tellement idéalisée, pleine de rêves que la réalité se chargera de contrarier brutalement, et un doute terrible subsistera sur cette idylle…

“¿Que monstruo bicéfalo se va creando así? Te volves simétrico con el otro, los metabolismos se sincronizan, funcionas en espejo, un ser binario con un solo deseo. Y el hijo llega para envolver ese abrazo y sellarlos con un lazo eterno. Es pura asfixia la idea.”

“Ahí estábamos los intelectuales latinoamericanos armando nuestro número, hablando para nosotros mismos en un balneario”

“Como en los sueños, en Montevideo las cosas me resultaban parecidas pero diferentes. Eran pero no eran.”

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09 septembre 2017

“Buena alumna” de Paula Porroni. (par Antonio Borrell)

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ISBN : 978-84-945348-3-6

Editorial Minúscula, Barcelona, 2016, 120 pages.

 

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Apres des études universitaires de lettres dans la capitale argentine, elle a suivi un « Master » en Etudes Latino-Américaines à l’université de Cambridge puis en « Ecriture créative » à New York. Elle vit actuellement à Londres. « Buena alumna » est son premier roman, remarqué par la critique dès sa parution. Elle est aussi auteur de nouvelles publiées dans des revues.

La narratrice de ce roman est une étudiante argentine qui revient en Grande Bretagne, dans une ville universitaire de province, quelques années après y avoir obtenu un diplôme en histoire de l’art. Son père étant mort, sa mère lui a donné un an pour trouver un travail et commencer une thèse, ou trouver une bourse, sa situation financière ne lui permettant pas plus. La jeune femme est ambitieuse et exigeante vis-à-vis d’elle-même, l’idée de l’échec et du retour au pays lui est insupportable. Elle loue une chambre chez une logeuse un peu minable, se nourrit de sandwichs tout en veillant à ne pas prendre du poids, trouve un petit boulot provisoire, recherche sur internet les propositions de thèses et de bourses des universités, d’abord les plus cotées, puis de moins en moins… Elle rédige fébrilement des propositions de sujets. C’est un tableau peu reluisant de la vie universitaire qui est brossé: “Hay una gran cantidad de suicidas entre los estudiantes (…) Sobre todo en primavera, después de los exámenes (…)También los profesores se suicidaban. Y los bibliotecarios. Los estudiantes, si no se tiraban por la ventana, se ahorcaban con las sabanas del college. A veces usaban las bufandas de colores que podían comprarse en los negocios de la universidad. Los profesores, en cambio, se pegaban un tiro, ya viejos, o se lanzaban debajo del tren.”

Bien vite on s’aperçoit que la narratrice elle-même est gravement perturbée: elle se mortifie, se pique, se pince, se brule, pour se  « punir » de la moindre défaillance, du moindre échec. On la devine anorexique. Ses relations avec sa mère sont troubles, ainsi qu’avec sa logeuse, ou son voisin Mihalis, étudiant grec dans une situation semblable à la sienne. Mais dans les échanges de courriers électroniques, il faut donner le change, afficher son optimisme et son entrain, pour sa mère, et surtout pour son amie anglaise, Anna, connue lors du premier séjour, et qu’elle évite d’abord de revoir pour lui cacher la réalité de sa situation.

Elle va rejoindre à Londres Anna et son compagnon Thomas avec qui elle forme une sorte de triangle amoureux. Elle admire et envie son amie. A la dérive, elle déménage souvent, se fait héberger par des amis, vit sous pression entre les attentes de sa mère, ses propres aspirations et les déceptions de la vie réelle. Un voyage avec Anna dans un archipel allemand de la Baltique va marquer un tournant…

Une phrase qui évoque la rédaction d’un projet de thèse par l’étudiante pourrait aussi donner une idée de l’écriture de ce roman : « Ahorra corrijo. Raspo, raspo. Hasta dejar solo un hueso pulido. Solo lo mínimo, lo indispensable. Busco en mí esta lengua de muertos. Esta lengua árida. Infértil. Porque así fuimos entrenados. En la mejor universidad del mundo. Para crear un paisaje glacial de palabras.”

Ce premier roman fait parfois surgir chez le lecteur des réminiscences, comme des échos d’un autre livre, “Vacaciones permanentes” de la bolivienne Liliana Colanzi, surtout la dernière partie de celui-ci, avec l’étudiante sud-américaine en Grande Bretagne et ses déboires, mais aussi les névroses de la protagoniste et ses relations compliquées avec la mère… Une convergence intéressante entre deux romancières prometteuses et pourtant différentes, Liliana Colanzi avec une force plus « vitale » ou  « sauvage » et Paula Porroni, plus « maitrisée », plus « cérébrale » ou « bonne élevé », mais il faudra lire leurs œuvres à venir pour confirmer, ou pas, cette impression.

 

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29 août 2017

“La Mujer del olvido” de Martin Lombardo. (par Antonio Borrell)

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Apeiron ediciones, Madrid, 2016, 120 pages.

ISBN : 978-84-16996-26-1

Né à Buenos Aires en 1978, Martin Lombardo est diplômé en psychologie, puis il poursuit des études de littérature ibéro-américaine à Bordeaux, discipline qu’il enseigne actuellement à l’Université de Savoie. Il est aussi psychanalyste. Auteur de livres et publications académiques, dont le roman :  « Locura circular » (Libros del Lince, 2010). « La Mujer del olvido » est premier prix du concours de « novela breve » des éditions Apeiron.

 

C’est un court roman sous tension, une sorte de  « thriller psychologique » autour d’une relation de couple et d’une mort mystérieuse, qui le restera. L’intrigue évolue vers un enfermement croissant des deux protagonistes, un resserrement de leurs liens pathologiques, plus que vers la résolution de l’énigme. Le récit n’est pas situé très clairement dans le temps et l’espace, là n’est pas la question, le lecteur se fera son idée.  

La narratrice a épousé Marcos, un veuf qui souffre d’épilepsie, d’absences et d’amnésie, et dont l’état va en s’aggravant après une opération du cerveau. Veronica, la première épouse de Marcos a été assassinée dans des circonstances peu claires, que l’amnésie ne permet pas d’élucider. Même si la justice a disculpé Marcos, un léger doute persiste dans l’esprit de sa nouvelle épouse. Malgré tout, d’un tempérament plutôt possessif, elle jalouse cette femme disparue dont elle ne connait même pas le visage avec certitude, la seule photo qu’elle peut s’en procurer n’étant peut être pas vraiment d’elle. Faute de mieux, la photo sera tout de même l’objet d’un rituel maléfique à base d’épingles…  

Autour de ce couple malade gravitent quelques amis et voisins guère plus équilibrés, qui vont tour à tour s’immiscer dans leur vie. Il y a le docteur Craig qui pendant des années vient prendre son café matinal chez son patient, sans rien faire ou presque, que de vagues avances à la narratrice. Et monsieur O’Connor, un voisin, psychiatre, qui lui aussi s’intéresse à ce cas étrange. Il y a les élèves que la narratrice reçoit en cours particuliers de langues et de littérature, surtout par nécessité économique. L’une de ces élèves, mademoiselle Falco, rêve de devenir écrivain et, bien malgré l’épouse, elle va développer une étrange relation avec Marcos, l’homme sans mémoire à qui elle fait taper ses manuscrits à la machine. Et Mirko Reig, le promeneur de chiens… Ceux-là et d’autres ont chacun leur histoire plus ou moins tordue. La narratrice elle-même, malgré ses convictions d’épouse loyale et fidèle va fuguer un temps, puis revenir, comme s’il était impossible d’échapper à l’attraction de ce trou noir qu’est son mari, de plus en plus passif et de plus en plus pesant, qui ne se définit que par ce que font les autres autour de lui…   

L’écriture très sèche et précise fait monter l’angoisse, le livre est réussi de ce point de vue et si l’on reste un peu sur sa faim, on peut envisager de se tourner vers l’autre roman de cet auteur.

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