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Tagua, una historia de ultramar, de Ricardo de la Fuente. (par Antonio Borrell)

 

(Autopublication de l'auteur, Manta, Equateur, 2007)

 

L'auteur, journaliste argentin, a émigré au milieu des années 1970 vers l'Equateur, fuyant sans doute la dictature militaire dans son pays. Il a vécu près de quarante ans dans sa région d'adoption, la province du Manabì sur la côte du Pacifique, où il est décédé en 2015.

 Tagua (ou corozo), c'est le nom d'une noix produite par un palmier, dont on extrait l'ivoire végétal, matière première très recherchée aux XIX° et XX° siècles notamment en mercerie pour la fabrication de boutons. Elle a fait l'objet d'un commerce très important et d'une concurrence entre sociétés allemandes et italiennes. La province du Manabì (ravagée par un tremblement de terre au printemps 2016) en était la principale région de production.

 Ce livre est donc un roman d'aventures exotiques, et historiques, sans grandes prétentions littéraires, qui passionnera tous ceux qui aiment découvrir des cultures, des régions et des époques méconnues que la « belle littérature » ignore souvent...

 1936 : Rudi Reinholf est un jeune allemand de Hambourg, fils d'un instituteur revenu pacifiste des tranchées de 14-18. En conflit avec ce père, et ne sachant à quoi consacrer sa vie, il envisage de s'enrôler dans les jeunesses hitlériennes quand une offre d'emploi retient son attention : c'est ainsi qu'avec deux camarades il embarque pour le port de Manta, sur la côte du Manabì, ayant en poche un contrat de trois ans avec une entreprise allemande d'import-export, la Casa Tagua.

 Une grande partie du roman raconte l'acclimatation progressive des jeunes allemands à Manta, leur découverte d'une autre langue, d'une autre culture, et presque d'une autre planète. C'est la rencontre avec une famille équatorienne qui tient la pension où ils sont hébergés, et malheureusement aussi avec le contremaître de la Casa Tagua, un certain Trepper, lui aussi rescapé des tranchées, autoritaire et nazi endurci.

 Peu à peu, Rudi va élargir ses connaissances sur la région, découvrant au delà du port de Manta les contrées de l'intérieur où se récoltent les noix de corozo et les fibres servant à la fabrication des chapeaux de Panama. Lors d'une expédition dans l'intérieur en compagnie de Trepper, il fait la rencontre de la belle Ligia, fille d'un fournisseur de tagua, dont il tombe amoureux. Mais ce pays est rude, fermé et conservateur, les conflits s'y règlent volontiers à la machette et au pistolet, les pères surveillent jalousement leurs filles, et l'idylle sera contrariée.

 Tandis qu'en Europe éclate la guerre, Rudi, s'étant battu avec Trepper, subit de terribles représailles et doit s'enfuir. Il va vivre deux ans loin de Manta connaissant diverses aventures dignes d'un western dans cette nature grandiose (dont l'évocation est un point fort du livre), entre forêts, brousses, mangroves et plages perdues, parmi les pionniers, les pêcheurs de perles, les ivrognes et les villageois "montubios" pas vraiment sortis du siècle précédent...

 Deux ans plus tard il revient discrètement dans la région de Manta alors que le Pérou envahit le sud de l'Equateur, et que la guerre européenne se mondialise...

 Retrouvera-t-il Ligia ? Echappera-t-il aux persécutions qui frappent les allemands et autres citoyens des pays de l'Axe ?

 Si le roman souffre de quelques petits défauts, on s'y laisse tout de même prendre et ses dernières pages réservent une surprise tout à fait inattendue !  

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