978841593423

 

Editions Candaya, Espagne, 2016, 214 p. ISBN: 978-84-15934-23-3



Mónica Ojeda (Guayaquil, Ecuador, 1988), titulaire d'un Master en Création Littéraire et en Théorie et Critique de la Culture, donne des cours de Littérature à l' Université Catholique de Santiago de Guayaquil. Elle prépare un Doctorat en Humanités sur la littérature pornoérotique latinoaméricaine.

Avec son premier roman, « La desfiguración Silva » elle a obtenu le prix Alba Narrativa 2014 et avec son premier livre de poésie « El ciclo de las piedras » , le Prix National de Poésie Desembarco 2015. Elle participe à l' anthologie « Emergencias. Doce cuentos iberoamericanos » (Candaya, 2013). « Nefando » (2016) est son second roman, déjà considéré par certains critiques comme l'un des plus marquants de l'année.



Bien que les deux œuvres soient très différentes dans leur forme, à la lecture des premiers chapitres on ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec « Miss O'Ginia » de Fernando Escobar Pàez, autre ouvrage équatorien évoqué précédemment dans Les Lettres de mon Trapiche. La ressemblance entre ces deux livres est une volonté de s'attaquer très directement et crument au conservatisme des mentalités et de la culture équatorienne et sud-américaine, faire tomber les tabous moraux et sexuels en appelant un chat un chat... Mais, alors que « Miss O'Ginia » est une expression très viscérale, « Nefando » est plus intellectuel et clinique. Les deux auteurs ont aussi en commun d'être nés dans les années 80.

« Nefando », ce titre demande une petite recherche étymologique : il remonte au latin « nefandus » signifiant indicible, tabou, impie, exécrable, abominable... « Nefando » est, dans ce roman, le nom d'un jeu vidéo sulfureux qui a circulé brièvement sur internet avant d'en être retiré en raison de son contenu pédopornographique, violent et sadique...

Le roman se présente comme une enquête à travers des entretiens avec des témoins ayant bien connu les auteurs de « Nefando ». Mais l'identité de l'enquêteur reste cachée, ainsi que ses motivations, car il intervient alors que la police a déjà refermé le dossier...

C'est dans un appartement à Barcelone, partagé par six locataires, que « Nefando » a été créé. Trois d'entre eux formaient la fratrie Teràn, deux sœurs et un frère originaires d'Equateur. Ils furent aidés par « El Cuco », informaticien et hacker, mais parfois aussi pickpocket et détrousseur de touristes sur la Rambla. Les deux autres colocataires n'ont pas participé à la création de « Nefando » : il s'agit de deux étudiants mexicains en littérature. La première Kiki Ortega, se consacrait à l'écriture d'un roman pornographique sadomasochiste, et le second Ivàn Herrera, en proie à de graves problèmes psychologiques, ne supportait pas sa propre virilité, au point de se mortifier physiquement.

Les Teràn étant retournés dans leur lointain pays, ce sont les trois autres que le mystérieux enquêteur interroge de chapitre en chapitre. Mais entre les entretiens se glissent aussi des pages du roman porno de Kiki Ortega, puis des extraits de forums sur internet consacrés à « Nefando ». On plonge ainsi tour à tour dans les pensées et le passé des différents protagonistes, dans leurs obsessions et leurs terribles secrets... A la lecture on pense parfois à Roberto Bolaño.

Sur cette intrigue linéaire et peu dense, mais avec un style maîtrisé, l'auteur développe idées et digressions autour de tabous comme le sadomasochisme, la pornographie, la pédophilie, le viol, la torture d'animaux, mais aussi sur le travail de l'écrivain, la propriété intellectuelle et le piratage... Certains passages sont à la limite du soutenable, mais l'auteur connaît son sujet, déploie son immense érudition, cite ses classiques et l'on ressent parfois que le roman est un écho de ses recherches universitaires. On pourra considérer ce côté un peu trop intellectuel comme un défaut du livre, mais il ne faut pas s'y tromper : avec « Nefando » on découvre une romancière encore jeune qui fera certainement parler d'elle encore longtemps, et pas seulement en Equateur...

 

Citations :

 

« Qué diferencia hay entre una santa mìstica y una mujer que le pide a su pareja que le eche cera caliente en la espalda y que le meta el puño por el culo ? »

 

« Para El Cuco la programaciòn era el arma por antonomasia de la desobediencia civil »

 

« Para leer bien hay que leer mal, decìa Diego ; hay que leer lo que no quieren que leamos »

 

 

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