fabril

 

Ediciones Trilce, Montevideo, 2010, 120 pages.

ISBN : 978-9974-32-547-0

 

Horacio Cavallo né à Montevideo en 1977, est à la fois poète, auteur de textes de tango, de nouvelles et de romans, aussi bien pour les adultes que  pour la jeunesse, dont : « Oso de trapo » (2008), « Fabril » (2010), « El silencio de los pájaros », recueil de nouvelles (2013), « Invencion tardia » (2015). Ses textes sont publiés dans diverses revues d’Amérique latine, et quelques anthologies. La ville de Montevideo et le ministère uruguayen de la culture lui ont décerné plusieurs prix.

Inquiet et angoissé, Gumersindo Gutiérrez postule à un emploi dans une importante entreprise, la Trixtex, dont le fondateur est un certain monsieur Bergstein. Une aimable secrétaire le reçoit, puis un sympathique cadre lui fait visiter des ateliers avant de lui confirmer son embauche. Au début tout semble presque normal. Tout heureux, Gumersindo va entrer au service de Trixtex, recevoir son uniforme et le matricule 1699. Déjà il rêve de son prochain dimanche après-midi de liberté où il emmènera son fils Julian au Parc Rodó, grand jardin public du centre de Montevideo.

Mais l’énorme hangar où se déroulent les activités de l’entreprise se trouve bien loin du Parc Rodó, dans une zone industrielle excentrée, quelque part au bord de la baie de Montevideo, zone sacrifiée aux besoins de l’économie. Les employés sont donc logés sur place, dans de petits dortoirs sous surveillance vidéo. Car bien vite cette entreprise modèle et paternaliste dévoile un visage de plus en plus carcéral et disciplinaire, un fonctionnement régi par des règles absurdes et une logique incompréhensible, le tout accompagné d’un discours « managérial » toujours positif, en décalage complet avec la réalité. Il est interdit de s’appeler par un nom, seul le matricule brodé sur le bleu de travail est accepté, les horaires de cantine sont très stricts et les retardataires ne mangent pas, vigiles, chiens et caméras sont partout, et aux murs les portraits de Bergstein voisinent avec les devises encourageant au travail et à la production. Vivant à plein temps dans ce dédale de couloirs bas de plafond, d’escaliers et d’étages sans fenêtres, les employés ne voient jamais le ciel, le soleil, ou la lune. Et parfois l’un d’eux « disparait »…  

En tant que nouveau, 1699 est affecté tour à tour à divers ateliers, et se voit confier des tâches  bizarres, telles que prendre soin d’un poussin moribond puis, le poussin étant mort, on le transfère à un atelier de dépeçage des poussins morts. Plus tard il faut peindre des points sur les dés en bois que fabrique un autre atelier, ou reconstituer d’immenses puzzles défectueux rendus par leurs acheteurs. Bien qu’il tente sincèrement de donner satisfaction, allant jusqu’à donner du sang pour monsieur Bergstein, le grand patron que l’on promène en chaise roulante, bien qu’il reçoive des encouragements de la hiérarchie, il n’y réussit jamais complètement.  De retards en punitions, 1699 perd ses après-midi de liberté, n’arrive pas à revoir son fils, et continue à vivre dans l’espoir de cette promenade dominicale au Parc Rodó. 

Cette plongée dans l’absurde et le cauchemar n’est pas sans rappeler Mario Levrero, cet auteur décédé en 2004 et devenu culte, dont plusieurs jeunes écrivains uruguayens d’aujourd’hui reconnaissent la grande influence qu’il a sur eux. Mais on pourrait penser également à Orwell ou Zamiatine. Alors, si le mot «rebelle» est impensable chez Trixtex, les «mécontents» vont s’organiser en secret, surtout à partir du moment où ils apprennent que l’entreprise possède une  usine mitoyenne, qui n’emploie que des femmes. Un petit groupe se forme et entre en contact avec « La Yara », qui dirige les « mécontentes », pour organiser une action commune…

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