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Ediciones de la Banda Oriental, Montevideo, réédition 2016, 200 pages.

ISBN : 978-9974-1-0974-2

 

Mario Delgado Aparain est né à Florida, en Uruguay, en 1949. Enseignant et directeur d’institutions culturelles, il est l’auteur d’une dizaine de romans et autant de recueils de nouvelles. Deux de ses livres ont été publiés en français par les éditions Métailié : « La ballade de Johnny Sosa » (2005) et « Les Pires Contes des frères Grim » (2005) co-écrit avec l’écrivain chilien Luis Sepulveda. Il a reçu divers prix littéraires en Uruguay et dans d’autres pays.  

En 1864, la guerre de Sécession fait rage en Amérique du Nord, l’armée française de Napoléon III combat au Mexique, et bien plus au sud se prépare un conflit terriblement meurtrier qui impliquera la « Triple Alliance » Brésil-Argentine-Uruguay contre le Paraguay : mais le premier acte de la tragédie se joue en Uruguay lors d’une guerre civile. A cette époque ce petit pays, qui a aboli l’esclavage, est en conflit avec son voisin, le géant Brésil, dont certains bandits viennent enlever des Noirs libres pour les revendre chez eux. Par ailleurs des Brésiliens vivant en Uruguay sont victimes d’exactions. Le général uruguayen Venancio Flores, connu pour faire égorger de nombreux prisonniers, entre en rébellion contre le pouvoir de Montevideo, et il obtient le soutien du Brésil et de l’Argentine en leur promettant de les soutenir contre le Paraguay s’il devient président de l’Uruguay. Une armée brésilienne, constituée en partie d’esclaves enrôlés de force et peu motivés pour se battre, entre donc en Uruguay pour soutenir Flores.

Dans cette guerre, la petite ville de Paysandú sur la rive gauche du fleuve Uruguay, devient un enjeu stratégique, le dernier obstacle pour Venancio Flores dans sa marche sur Montevideo. Sur le fleuve, une escadre impériale brésilienne va jouer un rôle décisif avec son artillerie lourde. Mais les habitants de Paysandú, commandés par le colonel Leandro Gomez vont lui opposer une résistance héroïque et désespérée, à un contre quinze et sans artillerie, en attendant des renforts qui n’arriveront jamais.  

Le roman de Mario Delgado Aparain, en cent-vingt-trois très courts chapitres raconte dans le détail un mois de bataille acharnée, du point de vue des assiégés, et surtout à travers le regard de deux étrangers, un émigrant Andalou et un Anglais, arrivés là bien malgré eux : d’abord emprisonnés par les autorités de Paysandú sous l’accusation d’espionnage, ils finissent par gagner une place parmi les défenseurs de la ville. C’est le récit d’une tragédie au sens classique, car l’issue inéluctable en est connue d’avance, mais le parti-pris pointilliste de l’auteur, au plus près du drame et des acteurs donne à ce livre une force et un réalisme captivants. On voudrait qu’un grand film en soit tiré, et il semble bien que l’auteur ait écrit dans cette intention. Une lecture indispensable pour les passionnés d’Histoire. Encore une fois on se demande pourquoi un tel livre n’est pas disponible en français dix ans après sa publication !  

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