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Guillermo Ruiz Plaza est né à La Paz, Bolivie, en 1982. Il a publié les recueils de nouvelles Le feu et la fable (2010), Le feu et la fable (2010) et Ombres d’été (2015).

 

 

Pour un lecteur impatient, la douzaine de nouvelles de Sombras de verano du Bolivien Guillermo Ruiz Plaza constitue un recueil d’histoires attachantes par leur fluidité et parce qu’elles abordent des thèmes d’une certaine actualité : la canicule dans le sud de la France, l’immigration et le racisme, la violence conjugale. Mais ce lecteur, tout en profitant bien de ces histoires, perdra beaucoup d’autres éléments qui enrichissent chacun des textes du volume: il passera à côté de la subtilité de ses dialogues, des réflexions ambigües des personnages et des situations décrites, comme dans « Peor que la muerte » où un homme accompagne son fils, jeune étudiant, chercher un appartement dans les vieux quartiers de Toulouse, où il avait vécu quand lui-même était jeune étudiant vingt ans auparavant. Le hasard les amène devant l’immeuble qu’il avait habité à cette époque-là, et il se rappelle sa rencontre avec une de ses voisines, une très vieille dame d’origine espagnole, hantée par ses souvenirs de la Guerre Civile, et qui ne faisait qu’attendre la mort. L’homme croira revoir la vieille femme fugacement  quand il lèvera la tête pour contempler le balcon de l’appartement qu’il avait habité…mais est-ce la  même femme ?

 

Ces nouvelles sont ainsi rythmées par des dénouements  où les personnages —souvent des Boliviens installés dans le sud de la France comme l’auteur— sont placés devant leurs peurs comme dans « Here comes the Sun » (titre tiré d’une chanson des Beatles), qui raconte l’histoire de harcèlement physique et moral subi par une jeune fille amatrice de musique classique ; à la fin elle pourra trouver un certain soulagement. Dans  « Todo lo que soy será tuyo » la chute de la nouvelle laissera entrevoir qu’une jeune fille —la petite amie d’un jeune  bolivien— entretient  avec sa mère une relation fusionelle ; la mère, amatrice de littérature latino-américaine (elle possède un exemplaire de Ficciones, dédicacé par son auteur, Borges lui-même) est très contente du fait que sa fille ait pour un ami un sud-américain intéressé par la littérature. La peur est aussi présente dans « Nada se enciende » : un enfant dont les parents se déchirent commence à comprendre confusément que son père est un homme violent et que sa mère le trompe. Un soir, pendant qu’ils se disputent dans la cuisine, il trouvera une  arme à feu dans la chambre conjugale, la prendra et ira, perplexe, voir ce qui se passe ; il trouvera sa mère par terre, inerte, et pointera l’arme sur son père... 

 

« Sombras de verano », la nouvelle qui donne le titre au recueil, est sans doute celle où Guillermo Ruiz Plaza a le mieux déployé son talent pour créer une ambiance : la ville de Toulouse est prise par la  canicule : « El aire pesaba como antes de una tormenta que nunca llegaba. Y el ladrillo rojo de Toulouse adquiría un tono apagado y polvoriento que parecía ». Sous une chaleur insoutenable, Vicente, jeune bolivien, a un flirt avec Pauline, une fille l’immeuble qu’il habite avec qu’il est impossible de ne pas parler de la température ni de madame Lavallé, une femme solitaire et âgée qui est aussi leur voisine, et candidate à succomber à cette chaleur torride. Les situations racontées, plutôt banales, acquièrent du poids et de la signification avec une présence invisible : les bruits des mouches, bruit qui, à la fin, sera presque inquiétant de l’autre côté de la porte de l‘appartement de madame Lavallé.

 

 

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