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ISBN : 978-84-945348-3-6

Editorial Minúscula, Barcelona, 2016, 120 pages.

 

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Apres des études universitaires de lettres dans la capitale argentine, elle a suivi un « Master » en Etudes Latino-Américaines à l’université de Cambridge puis en « Ecriture créative » à New York. Elle vit actuellement à Londres. « Buena alumna » est son premier roman, remarqué par la critique dès sa parution. Elle est aussi auteur de nouvelles publiées dans des revues.

La narratrice de ce roman est une étudiante argentine qui revient en Grande Bretagne, dans une ville universitaire de province, quelques années après y avoir obtenu un diplôme en histoire de l’art. Son père étant mort, sa mère lui a donné un an pour trouver un travail et commencer une thèse, ou trouver une bourse, sa situation financière ne lui permettant pas plus. La jeune femme est ambitieuse et exigeante vis-à-vis d’elle-même, l’idée de l’échec et du retour au pays lui est insupportable. Elle loue une chambre chez une logeuse un peu minable, se nourrit de sandwichs tout en veillant à ne pas prendre du poids, trouve un petit boulot provisoire, recherche sur internet les propositions de thèses et de bourses des universités, d’abord les plus cotées, puis de moins en moins… Elle rédige fébrilement des propositions de sujets. C’est un tableau peu reluisant de la vie universitaire qui est brossé: “Hay una gran cantidad de suicidas entre los estudiantes (…) Sobre todo en primavera, después de los exámenes (…)También los profesores se suicidaban. Y los bibliotecarios. Los estudiantes, si no se tiraban por la ventana, se ahorcaban con las sabanas del college. A veces usaban las bufandas de colores que podían comprarse en los negocios de la universidad. Los profesores, en cambio, se pegaban un tiro, ya viejos, o se lanzaban debajo del tren.”

Bien vite on s’aperçoit que la narratrice elle-même est gravement perturbée: elle se mortifie, se pique, se pince, se brule, pour se  « punir » de la moindre défaillance, du moindre échec. On la devine anorexique. Ses relations avec sa mère sont troubles, ainsi qu’avec sa logeuse, ou son voisin Mihalis, étudiant grec dans une situation semblable à la sienne. Mais dans les échanges de courriers électroniques, il faut donner le change, afficher son optimisme et son entrain, pour sa mère, et surtout pour son amie anglaise, Anna, connue lors du premier séjour, et qu’elle évite d’abord de revoir pour lui cacher la réalité de sa situation.

Elle va rejoindre à Londres Anna et son compagnon Thomas avec qui elle forme une sorte de triangle amoureux. Elle admire et envie son amie. A la dérive, elle déménage souvent, se fait héberger par des amis, vit sous pression entre les attentes de sa mère, ses propres aspirations et les déceptions de la vie réelle. Un voyage avec Anna dans un archipel allemand de la Baltique va marquer un tournant…

Une phrase qui évoque la rédaction d’un projet de thèse par l’étudiante pourrait aussi donner une idée de l’écriture de ce roman : « Ahorra corrijo. Raspo, raspo. Hasta dejar solo un hueso pulido. Solo lo mínimo, lo indispensable. Busco en mí esta lengua de muertos. Esta lengua árida. Infértil. Porque así fuimos entrenados. En la mejor universidad del mundo. Para crear un paisaje glacial de palabras.”

Ce premier roman fait parfois surgir chez le lecteur des réminiscences, comme des échos d’un autre livre, “Vacaciones permanentes” de la bolivienne Liliana Colanzi, surtout la dernière partie de celui-ci, avec l’étudiante sud-américaine en Grande Bretagne et ses déboires, mais aussi les névroses de la protagoniste et ses relations compliquées avec la mère… Une convergence intéressante entre deux romancières prometteuses et pourtant différentes, Liliana Colanzi avec une force plus « vitale » ou  « sauvage » et Paula Porroni, plus « maitrisée », plus « cérébrale » ou « bonne élevé », mais il faudra lire leurs œuvres à venir pour confirmer, ou pas, cette impression.

 

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