9788416213993

 

Libros del Asteroide, Barcelona, 2017, 140 pages

ISBN : 978-8416213993

 Pedro Mairal, né en 1970, est un auteur déjà largement reconnu, tant dans son Argentine natale que dans divers autres pays, ses œuvres ayant été traduites en français, italien, portugais, polonais, allemand… Ayant vite abandonné des études de médecine, il s’est tourné vers les lettres et l’enseignement. Son premier roman, « Una noche con Sabrina Love » a reçu le prix Clarin en 1998, puis a été adapté au cinéma. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages (romans, poésie) et de chroniques dans la presse. En France ses livres sont publiés chez Rivages : Tôt ce matin (2004), Une nuit avec Sabrina Love  (2006), L’intempérie (2007),  Salvatierra (2011) et peut être prochainement L’Uruguayenne ?

C’est une lecture assez jubilatoire et, pour qui découvre l’écriture de Pedro Mairal, une invitation à lire ses romans précédents. Une littérature de chair, d’humour, d’émotion, et une plongée dans l’Argentine et surtout l’Uruguay des années 2010 a 2015, au temps de Mujica et Kirchner, au temps (pas tout à fait révolu) du trafic illégal de dollars entre les banques uruguayennes et les agences de change clandestines des rues de Buenos Aires, une évocation de l’Uruguay petit pays si atypique en Amérique du Sud à travers le regard attendri d’un Argentin, cousin si proche et si différent…

La narration alterne première et seconde personne du singulier, comme une confession dans laquelle le narrateur s’adresse à sa femme. C’est un couple en pleine rupture : Lucas Pereyra, écrivain argentin traverse la crise de la quarantaine, il soupçonne sa femme d’avoir un amant, et s’est permis lui-même quelques incartades. Ils ont un jeune fils, principal lien qui les retienne ensemble. Issus de classes sociales moyennes supérieures, ils ressentent l’appauvrissement progressif qui les frappe, conséquence de la crise argentine mais aussi du fait d’être écrivain. Le mari doit de l’argent à sa femme qui travaille pour une grande entreprise médicale. Comme beaucoup d’argentins, il possède un compte dans une banque uruguayenne, où il se fait payer en dollars ses droits en provenance de pays étrangers. Seul inconvénient de la ruse : il faut aller soi-même retirer de grosses sommes en liquide de l’autre côté du Rio de la Plata, et les ramener en Argentine à ses risques et périls…  

Lucas embarque donc un matin, très tôt, sur le ferry pour Montevideo avec l’intention d’en revenir riche dans la soirée, mais aussi avec l’espoir d’y retrouver Magali, une jeune uruguayenne rencontrée quelques mois plus tôt, et de passer un moment au lit avec elle, car malgré l’attirance réciproque ils n’en ont pas encore trouvé l’occasion.  

Les cent-quarante pages du roman sont le récit de cette folle journée, ponctué d’un certain nombre de flash-backs (la rencontre littéraire à la plage de Valizas, parmi les hippies et les rastas, avec le clin d’œil à Gustavo Espinosa, écrivain uruguayen que les lecteurs du Trapiche connaissent, ou la tirade sur les médecins, et le dialogue entre un évangélique et une témoin de Jehova dans le car) , de réflexions et digressions sur le couple, la paternité, les tentations, les infidélités, le désamour, le désarroi du quadragénaire retombant en adolescence, toujours avec émotion et ironie, une journée tellement idéalisée, pleine de rêves que la réalité se chargera de contrarier brutalement, et un doute terrible subsistera sur cette idylle…

“¿Que monstruo bicéfalo se va creando así? Te volves simétrico con el otro, los metabolismos se sincronizan, funcionas en espejo, un ser binario con un solo deseo. Y el hijo llega para envolver ese abrazo y sellarlos con un lazo eterno. Es pura asfixia la idea.”

“Ahí estábamos los intelectuales latinoamericanos armando nuestro número, hablando para nosotros mismos en un balneario”

“Como en los sueños, en Montevideo las cosas me resultaban parecidas pero diferentes. Eran pero no eran.”

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