el_zambullidor_tapa

 

 

« El zambullidor », de Luis Do Santos.  (par Antonio Borrell)

 

Editorial Fin de Siglo, Montevideo, 2017, 90 pages.

ISBN : 978-9974-49-912-6

 

Luis Do Santos est né en 1967 dans un village au milieu des champs de canne à sucre au bord du fleuve Uruguay dans le département d’Artigas, à l’extrême nord-ouest du pays, loin de Montevideo. Cette région qui s’enfonce comme un coin entre le nord de l’Argentine et le sud du Brésil est la plus tropicale et la plus déshéritée de l’Uruguay, très différente des rivages du Rio de La Plata. Il vit depuis de longues années à Salto, autre ville sur le fleuve, un peu plus en aval. (Salto est aussi la ville natale du grand nouvelliste Horacio Quiroga et de la jeune Rosario Lazaro Igoa, dont le Trapiche a déjà évoqué le recueil « Peces mudos »). Luis Do Santos est déjà l’auteur d’un recueil, « Tras la niebla » et d’un roman, « La ùltima frontera » publié à Salto en 2008, et a contribué à diverses anthologies. (Encore inédit, « El zambullidor » avait été remarqué lors d’un concours en 2014). Il est aussi auteur de chansons et de textes pour les « murgas », ces groupes satiriques typiques du carnaval uruguayen

 

La lecture de la quatrième de couverture (évoquant le fleuve,  le nord du pays, sa société rurale et la vie difficile des habitants de cette région frontalière) fait revenir en mémoire « Viralata », le roman écrit en portugnol par Fabian Severo, dont le Trapiche avait rendu compte il y a un an. En ouvrant le livre, on tombe sur une citation de « Viralata » mise en exergue, et l’on se sent tout fier de sa sagacité ! Mais à la différence de Fabian Severo, Luis Do Santos écrit en espagnol, un espagnol riche de tout un vocabulaire local, surtout quand il s’agit de faune et de flore car la nature est omniprésente dans ce livre. C’est une belle prose chargée de poésie avec une touche de réalisme magique qui vient à point car tout fleuve est hanté par ses noyés, tout fleuve brasse des légendes dans ses rapides et ses remous.

Le livre commence un jour de crue où les habitants du rivage, affolés, recherchent désespérément un corps. Enfin arrive « el zambullidor », « le plongeur », l’homme qui a le don de retrouver les noyés, en jetant sur l’eau quelques fleurs du jasmin béni de son jardin. Le narrateur est un garnement de neuf ans, le fils du « zambullidor », qui assiste à la scène caché dans les branches d’un arbre. Avec son ami Emilio, ils font les quatre-cents coups, toujours à la recherche d’un bêtise ou d’une aventure, qui finissent en général par une raclée mémorable. C’est que la vie est dure sur ces rivages, les familles sont nombreuses et la tendresse n’est pas de mise ! Le père, homme maigre et taiseux, plonge souvent, et toujours en apnée, pour placer et entretenir les tuyaux des pompes qui alimentent les systèmes d’irrigation. La mère a fort à faire pour s’occuper de sa maison et de toute sa progéniture, ainsi que des nombreux animaux qui partagent leur vie.

Les deux jeunes garçons sont compagnons de jeux, de pêches, et de rêves quand il partent à la recherche du trésor caché d’un fameux contrebandier d’antan. Faute de bateau, ils empruntent la barque d’un pêcheur du voisinage et frôlent la catastrophe, ce qui leur vaudra encore une terrible punition. Quand le narrateur se met à voir le fantôme de son grand-père, puis à lui parler, et que celui-ci lui suggère les bêtises les plus folles, il devient la bête noire de tout le voisinage. Il faudra l’amitié d’Emilio pour que le fantôme cesse de se mêler de leur vie. C’est à ce moment aussi qu’ils adoptent le chiot Titan, seul rescapé d’une portée promise à la noyade. Et pour se lancer dans de nouvelles aventures les garçons décident de construire leur propre barque. Malheureusement les parents d’Emilio quittent la région et cette amitié lui est arrachée.

Plus tard, c’est la rencontre avec Pedro Martinidad, le pêcheur-contrebandier auquel la rumeur prête plusieurs meurtres. Après des débuts difficiles, le garçon apprendra auprès de lui tous les secrets du fleuve. Mais la mort de Titan, puis de Martinidad seront de nouvelles déchirures. Ne sachant plus que faire de ce fils, ses parents l’envoient quelques mois chez une sévère grand-mère, de l’autre côté de la frontière brésilienne, occasion de nouvelles amitiés et aventures. D’autres épisodes suivront : celui de l’oncle amnésique retombé en enfance, celui du cinéma du village et ses films projetés sur un drap dans un hangar, puis l’affrontement avec le père…

Ce roman, très court, accroche tout de suite le lecteur. Horacio Quiroga n’est pas loin, avec ces histoires de fleuves et de serpents mortels, et on pense aussi parfois à Tom Sawyer et Huckleberry Finn sur les rives du Mississippi. On a rarement ce sentiment, en découvrant un livre publié quelques semaines auparavant, d’assister à l’irruption d’un auteur dont on voudrait déjà lire l’oeuvre suivante ! 

LuisDoSantos