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Editorial Txalaparta, Pays Basque, Espagne, 2002, 300 pages

https://www.txalaparta.eus/es/editorial-txalaparta 

(Première édition, Quito, 1986)

ISBN : 84-8136-245-X

 

Abdòn Ubidia est né à Quito, capitale de l’Equateur, en 1944. Ecrivain et critique, il reçoit le prix national de littérature dès son premier livre en 1979. Il a fait partie du mouvement littéraire « tzàntzismo » (les réducteurs de têtes) fondé en 1962 et dissout en 1969, comme bon nombre d’auteurs équatoriens de sa génération qui s’opposaient à la droite dure gouvernant le pays, et se tournaient vers le modèle castriste. Aujourd’hui encore, Abdòn Ubidia se positionne contre la mondialisation libérale. Ses textes sont souvent teintés de fantastique voire de science-fiction. Il a publié des recueils de nouvelles : « Bajo el mismo extraño cielo » (1979), « Divertinventos » (1989), « El Palacio de los espejos » (1996), « La escala humana » (2008) et « Tiempo » (2015). Il est aussi l’auteur de trois romans : « Ciudad de invierno » (1979), « Sueño de lobos » (1986), « La Madriguera » (2004). Il a reçu plusieurs fois les plus prestigieux prix littéraires de son pays.

 

Sergio est un employé de banque qui s’ennuie dans son travail, son mariage, comme avec ses vieux parents. Insomniaque, il cultive son fantasme enfantin d’être un loup-garou. Il rêve d’une vie différente, d’un amour idyllique, ou d’un « coup » qui le rendrait définitivement riche au détriment de la banque. Mais pour y arriver, il lui faudrait des complices qu’il ne peut trouver dans son milieu social, la classe moyenne tristement conformiste, même quand elle se voudrait de gauche, dans le Quito des années 1979-1980 qui retrouve la démocratie après une décennie de dictatures militaires.  

L’aspirant braqueur va donc chercher discrètement ces comparses dans les bas-fonds de la vieille ville coloniale. Dans un de ces quartiers ,« El Aguarico », vit le détestable usurier Don Nacho, propriétaire d’un vieil immeuble où s’exercent diverses activités: un bar-salon de billard nommé « El Guayas », et une officine presque clandestine de prêt sur gages, ainsi qu’une boutique « La Ermelinda ». Don Nacho est entouré d’une famille qu’il déteste, et d’employés qu’il méprise, sans parler de quelques locataires misérables.

Parmi la faune du billard « El Guayas » se distingue El Gavilàn, petite frappe rêvant de gros coups, trop impulsif et violent pour mener à bien des projets ambitieux, il enrage de ne pas obtenir le soutien de Don Nacho pour s’attaquer à une bijouterie. El Gavilàn est un peu le mac de sa compagne, une demi-prostituée du nom de Maribel. Il y a aussi El Turco Antonio, pauvre type qui a fait deux ans de prison à Guayaquil pour trafic de drogue, un peu mystique, un peu hanté, un peu défoncé, il reste surtout prisonnier du souvenir de Francisca, une trafiquante péruvienne qui l’a séduit, manipulé et trahi, responsable de son séjour en prison. Autre personnage de cette bande, El Patojo est un ancien mouchard du temps de la dictature militaire, devenu un minable chanteur de sérénades. Enfin il y a « El Maestro », peut être le plus « sage » de tous, heureux en ménage, placide indien venu d’un village perdu des Andes, et propriétaire d’un petit atelier de mécanique.

C’est par le biais du Turco Antonio que Sergio va entrer en contact avec ce milieu, non sans mal car Antonio n’arrive pas à convaincre ses amis de l’existence réelle de « el doctor », cet employé de banque anonyme qui leur offre l’opportunité de leur vie. Lorsqu’enfin une première réunion a lieu dans une voiture circulant dans la ville, Sergio essaye de garder secrets son nom, celui de la banque et d’autres détails pouvant le compromettre. Cette attitude suscite la méfiance des autres, et à la seconde réunion, El Gavilàn subtilise le portefeuille de Sergio qui est ainsi démasqué. Lorsque le Turco lui restitue son portefeuille, Sergio comprend qu’il ne peut se fier à ses complices, et renonce à son projet de braquage. Après cette rupture, El Gavilàn tabasse El Turco puis disparaît, le laissant pour mort.

Malheureusement pour Sergio, l’histoire ne s’arrête pas là, et la mécanique qu’il a mis en route va le rattraper… Quelques mois plus tard, alors qu’ils tentent de cambrioler le magasin de prêt sur gages de Don Nacho, El Patojo et El Turco sont surpris par le vieux. Sous la menace d’une arme, ils inventent une série d’excuses qui les amène à révéler le projet de braquage de l’employé de banque. N’étant pas disposé à s’en laisser conter, Don Nacho exige des preuves et leur donne quelques jours pour organiser une rencontre avec Sergio. 

Essayant d’oublier sa vocation de braqueur, celui-ci a repris sa vie nocturne, ses errances de fête en fête et de bar en bar, il a renoué avec Marcela, une vieille amie, ancienne hippie et fumeuse de diverses substance, qui lui a présenté une jeune cousine dont il tombe aussitôt amoureux. C’est en parcourant la ville dans l’espoir de revoir la jeune femme que Sergio apprend que le Turco Antonio est à sa recherche. Il redoute d’abord que ses ex-complices frustrés aient l’intention de le faire chanter, mais Don Nacho veut bel et bien s’emparer des millions de sucres de la banque. Avec le retour d’ El Gavilàn, la bande se reforme et une date est fixée pour le casse, mais bien entendu rien ne se passera comme prévu…

Ni la construction, ni le style ne laissent rien au hasard. Si l’intrigue policière est bien ficelée, le roman va au-delà, en nous plongeant avec réalisme dans divers milieux sociaux et quartiers de Quito, dans des atmosphères souvent nocturnes, jusqu’aux bas-fonds dont les habitants se débattent en rêvant des beaux quartiers et de leurs villas somptueuses. Le récit prend son temps sans ennuyer, car chacun des protagonistes a sa propre histoire, qui lui donne une épaisseur dépassant le simple cliché. Une lecture recommandable, d’autant plus que l’édition espagnole de 2002 doit être accessible par l’intermédiaire d’une librairie française.  

AUTOR_Y_OBRA