9788417181024

 

Editorial Navona, Barcelone, Espagne, 2017, 120 pages. 

ISBN : 978-84-17181-02-4 

De parents boliviens, Magela Baudoin est née à Caracas au Vénézuela en 1973. Très jeune elle retourne avec sa famille vivre dans le pays d’origine, qu’elle considère aussi comme son pays d’élection. Ses parents lui ayant donné le meilleur conseil pour un choix de vie, et le pire d’un point de vue économique, elle a décidé de leur obéir et « faire ce qui lui plaît ». Ayant toujours voulu se consacrer à l’écriture, elle commence par des études de journalisme et communication, puis passera du reportage et de l’interview à la fiction. Elle est aussi enseignante dans une université de Santa Cruz, capitale de la «basse» Bolivie, à l’est des Andes, aux confins du Brésil, du Paraguay et de l’Argentine. Cette région souvent considérée comme antinomique de la Bolivie des hauts plateaux andins, semble être devenue une pépinière d’écrivains femmes se distinguant dans le domaine de la nouvelle: après Liliana Colanzi l’an dernier, nous découvrons aujourd’hui Magela Baudouin. Elles ont aussi en commun d’avoir déjà vu leurs oeuvres couronnées par des prix prestigieux.

Bibliographie : « Mujeres de costado » (Plural, 2010) réunit des interviews de femmes boliviennes jouant aux limites du journalisme et de la fiction. « El sonido de la H » (Santillana, 2015), a gagné le XVI° prix national du roman Alfaguara en 2014, et « La composición de la sal » (Plural, 2014 et Navona 2017) a reçu le très prestigieux « Premio Iberoamericano de Cuento Gabriel García Márquez » en 2015.

 

Magela Baudoin aime dire qu’elle n’est pas adepte d’une littérature explicite, et que ses textes laissent une grande part d’interprétation au lecteur, avec l’intention avouée de le perturber, le déranger. Si la qualité formelle du style est indéniable, il n’est pas toujours facile d’accrocher à certaines histoires qui manquent un peu de chair. Sur les quatorze textes en cent-vingt petites pages certains laissent donc une impression plus forte que d’autres, et l’on reste parfois sur sa faim. Après avoir découvert l’an passé de talentueuses nouvellistes comme, entre autres, la bolivienne Liliana Colanzi, l’argentine Paula Porroni, et les uruguayennes Fernanda Trìas et Rosario Làzaro Igoa, il se confirme que cette génération de sud-américaines cosmopolites, natives des années 70-80, n’a pas fini de faire parler.

Ce cosmopolitisme s’affirme dès le premier texte « Amor a primera vista » situé à Paris, dans lequel un couple s’engage sur une équivoque lors d’une recherche d’appartement. « La Chica » nous mène à Barcelone pour nous parler d’une autre histoire de couple entre un espagnol et une bolivienne. « La chica habia convencido a Blas de adentrarse en la selva amazònica. Y eso era algo que ninguno de sus amigos podìa creer: Blas navegando en canoa, acompañado de caimanes, mosquitos y flores acuàticas fosforescentes».  D’autres nouvelles sont entièrement situées en Amérique du Sud, notamment « Dragones dormidos » et « Un verdadero milagro » qui nous plongent dans la Bolivie tropicale, chaude, de brousse et de forêt, loin des Andes, comme dans les meilleures pages de Liliana Colanzi. Dans le cas de « Un verdadero milagro » la « chute implicite », qui n’en est pas une, laisse le lecteur en plein suspense…

Dans les nouvelles de Magela Baudoin les relations familiales, surtout entre femmes (comme chez Colanzi ou Porroni), sont conflictuelles voire toxiques : « Qué venenosas pueden ser las expectativas de la gente que te ama ». Mais il peut aussi s’agir d’une mère seule avec de nombreux enfants qui doit faire face aux « bêtises » de l’un d’entre eux : « Solo una madre puede convertir en ternura las maldades de su hijo ».  

« Sonata de verano porteño », un des derniers textes du livre nous plonge dans la vie des étrangers à Buenos Aires, des étudiants et des immigrants, faisant comme un écho à « La ciudad invencible » le court roman de Fernanda Trias déjà commenté par le Trapiche l’an dernier.

A travers ce recueil on découvre en Magela Baudoin une plume à la hauteur des meilleures autres nouvellistes sud-américaines de ce début de siècle, et qui revendique sa préférence pour ce format court. Le livre étant publié en Espagne, il doit être possible de se le procurer grâce à un libraire français.

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