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Editorial LOM, Santiago de Chile, 2002, 160 pages

ISBN :  956-282-479-9

 

Cet écrivain chilien est né à Punta Arenas dans l’extrême sud du pays en 1956, dans une famille ouvrière. En 1974, sous la dictature de Pinochet, il commence des études en sciences politiques à Santiago du Chili, tout en militant au parti communiste. Il anime des activités culturelles et une revue littéraire, ce qui lui vaudra d’être arrêté par la police en 1977. Fonctionnaire de 1979 à 1985, il quitte son poste en raison de son engagement politique, puis s’éloigne du parti communiste à partir de 1989. Il est également critique littéraire et de cinéma pour la presse écrite. Il écrit des ouvrages pour la jeunesse et des romans policiers, dont l’anti-héros est le détective Heredia. Certains de ses romans ont été adaptés à la télévision chilienne. Plusieurs romans de la série Heredia ont été traduits et publiés en français chez Métailié. 

Bibliographie partielle : La ciudad está triste (1987), Solo en la oscuridad (1992), Nadie sabe más que los muertos (1993), Ángeles y solitarios (1995) (La mort se lève tôt), Nunca enamores a un forastero (1999), Los siete hijos de Simenon (2000) (Les Sept Fils de Simenon), El ojo del alma (2001) (Les Yeux du cœur), El hombre que pregunta (2002),El color de la piel (2003) (La Couleur de la peau), A la sombra del dinero (2005), Muchos gatos para un solo crimen (2005), El segundo deseo, (2006) (Le Deuxième Vœu), La oscura memoria de las armas (2008)  (L’Obscure Mémoire des armes), La muerte juega a ganador (2010), El leve aliento de la verdad (2012), La música de la soledad (2014). 

 

« Nadie sabe más que los muertos » est le troisième roman de Diaz Eterovic, aucun des trois premiers n’ayant été à ce jour traduits en français. Ce polar, noir, est situé au Chili à la fin des années 80, fin de la présidence « constitutionnelle » de Pinochet, qui dut quitter le pouvoir en mars 1990, après avoir perdu le référendum de 1988. L’intrigue nous plonge dans le drame des « disparus » éliminés par les dictatures sud-américaines de l’époque, et des enfants volés aux femmes victimes de cette répression pour être « adoptés » par des familles proches du pouvoir.

Heredia est le détective privé récurrent des polars de Diaz Eterovic, ex-communiste désabusé, revenu de tout, solitaire porté sur le whisky, ayant pour seul ami Anselmo le vendeur de journaux, un chat nommé Simenon (qui lui parle dans sa tête) et pour compagnes des femmes rencontrées au hasard de ses errances nocturnes à travers Santiago. L’auteur joue avec le cliché du détective de roman noir jusqu’aux limites de la caricature.

Une nuit, Heredia rencontre dans un bar une inconnue nommée Claudia, et passe une nuit avec elle. Un jour, Heredia est contacté par le secrétaire d’un vieux juge conservateur, mais peut-être honnête, qui dans le passé l’avait condamné. Avec des réticences il va finalement rencontrer ce juge qui prétend le charger d’une enquête délicate à la limite de la légalité, qu’il ne peut confier à des services officiels, encore trop infestés de nervis de la dictature. Tandis que l’enquête commence, Claudia réapparaît, mais elle avoue se nommer Fernanda, être journaliste et fille rebelle d’une bonne famille. Heredia découvre bientôt que le juge est condamné par une maladie incurable, et qu’il a publié sous pseudonyme divers romans policiers. 

Sur les traces d’anciens agents de la DINA (police secrète de Pinochet) pour retrouver l’enfant d’une jeune femme « disparue » des années auparavant, Heredia passe par diverses péripéties assez classiques du genre. Un repenti prêt à témoigner se fait tuer dans un hôtel borgne par ses anciens complices, le détective se fait tabasser dans une rue sombre par des inconnus, et il soupçonne sa nouvelle compagne d’un double jeu… Il retrouve un ancien ami récemment revenu d’exil, et obtient des informations grâce à un ancien copain de la faculté de droit, passé du « côté obscur » pour travailler au ministère de la justice…

Quand surgit la piste d’un trafic d’enfants au profit des réfugiés nazis de la tristement célèbre « Colonia Dignidad », on découvre que Fernanda est liée à un groupe de chasseurs de nazis qui va exiger l’aide de Heredia dans ce combat. A ce moment du livre on commence à trouver que l’abus de clichés nuit gravement au roman noir. Heureusement le livre, qui commençait par un beau titre prometteur, se sauve dans les quinze dernières pages grâce à un dénouement assez inattendu. Une lecture rapide et distrayante pour qui voudrait se replonger dans quelques souvenirs de Santiago du Chili, mais on reste un peu sur ses attentes… Il faudra peut-être lire d’autres titres de cet auteur réputé pour s’en faire une meilleure idée.

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