rojo

Editorial HUM, Montevideo, 2011, 72 pages.

ISBN : 978-9974-687-47-9

 

Mercedes Estramil, née à Montevideo en 1965, a fait des études de lettres à la « facultad de humanidades ». Elle est journaliste, collaboratrice des suppléments culturels La Semana, El Dìa, El País Cultural. Primée en 1994 par la ville de Montevideo pour un recueil de poésie « Angél sòlido », elle a ensuite publié plusieurs courts romans aux éditions HUM : Hispania Help (2009),  Irreversible (2010),  Rojo (Premio Nacional de Narrativa/EBO-Fundación Lolita Rubial, 1996; HUM, 2011) et son premier recueil de nouvelles Caja negra (HUM, 2014). Son plus récent roman « Washed Tombs» est encore paru chez HUM en 2017.  

La première de couverture annonce la couleur : le sujet traité sera une partie de carte, donc un jeu et des joueurs. Et c’est bien de cela qu’il s’agit, sauf que la partie de carte n’est ici qu’un prétexte. Mais plantons le décor qui pourrait être celui d’une pièce de théâtre : un salon, une table des chaises et des amis, toujours les mêmes qui se plient depuis de longues années à un même rituel, sans doute hebdomadaire, celui d’un jeu de cartes, la canasta faisant la part belle au « comodìn », au joker, qui prend bien sûr un double sens tout au long du roman. Les amis, Colorado (simple référence à la couleur rouge du cœur et du carreau ou clin d’œil à la formation politique uruguayenne plutôt à droite ?), Dutra, Ariel, et Paulino… La partie commence, mais on se rend vite compte que le livre prend immédiatement la forme d’un conte cruel et satyrique. 

Une comédie humaine se joue entre les quatre personnages qui sont analysés à la loupe, sans concession aucune et avec un humour décapant. Dans le jeu, il y a les perdants les gagnants et le rapport de force s’installe, même si chacun fait comme si l’enjeu en était dérisoire. Comme dit l’auteur la boîte de pandore est ouverte et le dessous sombre des relations amicales est révélé au fil des parties. Le dominant, le gagnant, toujours humble et profil bas, le bon perdant qui garde le sourire, ceux de l’empire du milieu… Frustration, jalousie, faux semblants, détestation secrète tout cela derrière la façade d’une amitié sans faille tissée tout au long de ces années par le rituel de ce que l’on peut considérer comme un jeu de dupes, un jeu de cartes truquées que le comodín, le joker observe de son air sardonique. Seul élément extérieur à ce cercle fermé, le téléphone qui résonne parfois, mais qui même s’il est le vecteur d’une mauvaise nouvelle susceptible d’interrompre la partie, ne dérange pas l’ordre établi… et la partie continue jusqu’à la cassure finale, la dispersion du groupe et le rideau qui tombe sur cette comédie de mœurs écrite avec une plume trempée dans un vitriol mêlé de tendresse, car ces personnages sont tout simplement humains… 

On trouve avec plaisir dans l’écriture de Mercedes Estramil des ressemblances avec l’auteur espagnol Javier Tomeo: thème, plume incisive, psychologie des personnages et humour implacable.

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