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Editorial HUM, Montevideo, 2009, 110 pages.

ISBN :  978-9974-687-01-1

 

Mercedes Estramil, née à Montevideo en 1965, a fait des études de lettres à la « facultad de humanidades ». Elle est journaliste, collaboratrice des suppléments culturels La Semana, El Dìa, El País Cultural. Primée en 1994 par la ville de Montevideo pour un recueil de poésie « Angél sòlido », elle a ensuite publié plusieurs courts romans aux éditions HUM : Hispania Help (2009),  Irreversible (2010),  Rojo (Premio Nacional de Narrativa/EBO-Fundación Lolita Rubial, 1996; HUM, 2011) et son premier recueil de nouvelles Caja negra (HUM, 2014). Son plus récent roman « Washed Tombs» est encore paru chez HUM en 2017.  

 

Ce court roman de Mercedes Estramil mélange habilement fiction et réalité. Pour certains lecteurs, l’histoire de la protagoniste ne représentera peut-être que le prétexte pour l’auteur de régler certains comptes personnels avec une certaine littérature à succès et avec l’Uruguay. Tout commence comme un polar : l’annonce dans un journal à petit tirage de Montevideo, «el profetón» nom qui n’est pas innocent bien entendu,   de l’assassinat crapuleux de quelqu’un de bien réel puisqu’il s’agit de J.K. Rowling l’auteur de la saga au succès planétaire «Harry Potter». Le lecteur est surpris bien entendu, et découvre que Mercedes Estramil a ainsi saisi l’opportunité de griffer  l’écrivaine britannique. La suite indiquera d’ailleurs au lecteur les préférences littéraires d’Estramil : Emily Dickinson, Onetti, Blecher, Rimbaud et bien d’autres auteurs et poètes que l’auteur mettra en scène au sein d’une association littéraire imaginaire. La protagoniste de ce roman, est une femme désabusée, une trentenaire aux ambitions littéraires contrariées par une vie routinière ou le rêve d’une vie meilleure est la seule lumière au milieu d’un quotidien bien médiocre. L’obligation alimentaire contraint cette dernière à vivre d’emplois subalternes au salaire de fakir. Et là Mercedes Estramil se livre à une critique sans concession de la société uruguayenne et de ses scléroses, de ses manques, une société qui n’offre aucun avenir et contraint ses habitants soit à courber l’échine soit à rêver d’un ailleurs, d’une Espagne accueillante, mère patrie idéalisée, mirage de ceux qui rêvent d’un avenir meilleur. Uruguay, Suisse de l’Amérique latine...  Mais la Suisse a-t-elle jamais eu de « cantegril » sur son sol, ces bidonvilles où s’entasse une population qui, comme le dit Estramil avec une plume trempée dans le vitriol,  lit de la poésie puisque dans ces quartiers, on a tout son temps pour lire. Pas comme la majorité laborieuse, grise et triste,  qui s’échine au travail pour si peu d’argent et bien moins encore de perspectives... Un pays où même les résidences de vacances dans des stations balnéaires sont des cabanes n’offrant pas le minimum de confort... Pauvre femme employée exploitée comme tant d’autres,  d’un magasin de chaussures « made in China » la zapatería Cristal, dont les ambitions littéraires se résument à des articles écrits dans une feuille de chou « el profetón », dont la vie sexuelle n’a rien de très glamour et qui n’a comme échappatoire que l’imaginaire et l’espoir d’un avenir meilleur, ailleurs... 

L’écriture de Mercedes Estramil est incisive comme un scalpel : l’humour décapant, les situations où l’absurde et l’imaginaire se mêlent à la réalité, ce roman inclassable écrit en 2009 prend tout son sens aujourd’hui, à une époque où la migration des populations défavorisées affluent aux portes des pays riches.

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