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Editorial Campo Letrado, Lima...

ISBN : ....................

 

Juan Mauricio Muñoz est né au Pérou, en 1984. Il a publié le recueil de poèmes El lado oscuro (2009) et la plaquette Autogolpe (2012).

 

Il s’agit d’un recueil de sept nouvelles intenses, frappantes et douloureuses que leur auteur, le Péruvien Juan Mauricio Muñoz, met devant nous avec une sorte de besoin angoissant pour que nous  les lecteur arrêtions de détourner le regard des drames des Latino-Américains trainés par l’immigration aux Etats Unis : les violence des gangs de jeunes hispaniques, la mort et la brutalité accompagnant toujours les tentatives d’entrée illégale en territoire états-unien.

Mais attention : Juan Mauricio Muñoz n’est ni un chroniqueur  ni un grand reporter, c’est un écrivain pur et dur, c'est-à-dire que les faits qu’il nous raconte sont des représentations  de la réalité élaborées avec  un langage qui lui est propre et duquel surgit une poésie ensanglantée.  Dès le premier récit,  « Trece segundos », l’histoire d’un jeune latino aux USA qui se voit séduit par la vie violente  d’un cousin, chef d’une mara, gang de jeunes hommes hyper violents, finit par laisser tomber un brillant avenir à Harvard ou Yale et, poussé par le fatalisme, fera de la cruauté son quotidien et le but de sa vie. Dans « Todo termina en Iraq » deux autres latinos , l’un dans la quarantaine l’autre à peine sorti de l’adolescence,  se trouvent dans une prison à cause de leurs passé de délinquants incorrigibles et de leur excellence ; dans leur cellule ils sont visités par un officier des Marines, qui propose au plus jeune de s’engager dans ce corps de l’armée américaine pour intégrer une unité d’élite en Iraq. L’argument du militaire est de poids : s’engager dans l’armée signifie devenir citoyen états-unien et, surtout, échapper  à la peine de mort.  Après quelques réticences, le jeune homme accepte, tout  en sachant qu’en Iraq l’attends aussi la peine capitale. 

Le « norte » du titre du recueil fait allusion directe aux Etats Unis, ce nord rêve par des millions de mojados, espaldas mojadas qui, au prix d’épuiser leurs économies et de faire face à mille dangers, essayent de traverser clandestinement la frontière qui sépare le Mexique des Etats Unis : traversée maudite où la mort peut arriver à chaque moment, provoqué par la police de frontières américaine,  par des groupes xénophobes de gringos  haineux plus au moins autorisés par la police, mais aussi les passeurs eux-mêmes qui se montrent impitoyables avec  les malheureux naïfs qui croient à l’american dream ; dans ce sens, la nouvelle « Al norte no está el paraiso » est particulièrement remarquable car elle ne montre pas uniquement l’aspect matériel de cette traversée infernale mais aussi l’absence de scrupules des passeurs, la peur et l’amour entre une mère et sa fille, toutes les deux péruviennes désemparées à Tijuana. « La milicia de Arizona » montre que la brutalité ne vient pas que du coté des jeunes latinos, mais aussi des citoyens très respectables.

Juan Mauricio Muñoz a réussi  un recueil d’histoires de notre temps, soulignées par la violence et le désespoir mais il a su aller plus loin : de temps en temps un geste fugace d’humanité émane des personnages les plus violents, et cela donne une triste poésie à chacune  de ces histoires brillamment racontées, à ces récits qui paraissent être conçu au plus profond de l’âme.   

 

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