CAJA-NEGRA-web

 

Editorial HUM, Montevideo, 2014, 120 pages.

ISBN :  978-9974-699-91-5

Mercedes Estramil, née à Montevideo en 1965, a fait des études de lettres à la « facultad de humanidades ». Elle est journaliste, collaboratrice des suppléments culturels La Semana, El Dìa, El País Cultural. Primée en 1994 par la ville de Montevideo pour un recueil de poésie « Angél sòlido », elle a ensuite publié plusieurs courts romans aux éditions HUM : Hispania Help (2009),  Irreversible (2010),  Rojo (Premio Nacional de Narrativa/EBO-Fundación Lolita Rubial, 1996; HUM, 2011) et son premier recueil de nouvelles Caja negra (HUM, 2014). Son plus récent roman « Washed Tombs» est encore paru chez HUM en 2017 et vient de recevoir le prix « Bartolomé Hidalgo » 2018. 

 

Hélène Porcher nous en a déjà dit pas mal sur Mercedes Estramil, à propos de deux de ses courts romans :  « Rojo » et « Hispania help ».

Ici, avec « Caja negra », nous avons affaire à un petit recueil de nouvelles, onze textes pour 120 pages. On y découvre une écriture précise, et un humour des situations très grinçant. Les récits de Mercedes Estramil se situent résolument dans le monde contemporain et urbain.

Par exemple :

Description des passagers d’un avion, des liens qui existent entre eux, extrapolation et élucubration sur le sens des choses, sur les motivations de chacun.

Une baleine échouée sur la plage d’une station balnéaire, une mère de famille en vacances et fatiguée de son rôle qui part dans des divagations mentales et qui s’échafaude des vies complémentaires où elle va même jusqu’à rencontrer des extraterrestres.

L’usage des sms dans la vie des couple, ou comment monter un business lucratif en surfant sur cette vague envahissante.

Un homme témoin du suicide d’une femme perd le goût à la vie. Sa femme s’en désole et va jusqu’à haïr la morte.

Un couple part faire une croisière qui a pour thème « vous n’allez pas aussi mal que vous ne le pensez ». Et pour cause, une partie des passagers sont des handicapés et des estropiés de la vie…

Une fille paumée dans sa vie décide de se glisser dans une histoire. Elle y sème bien évidemment la zizanie.

Etc.

Chaque situation est brossée presque à la manière d’un tableau. Il y a d’une part les faits et de l’autre les élucubrations, les scénarios élaborés de toutes pièces par le mental foisonnant des protagonistes. On sent que l’auteure elle-même doit avoir une très riche vie intérieure. C’est assez jubilatoire en fait !

 

Traduction d'un extrait de la nouvelle intitulée : « El corazon de Rebeca Linares » :

« La première affaire de Yorick, c’est Hudson qui l’avait prise en charge, un employé modèle, de ceux qui ne tombent jamais malades et qui ne demandent pas d’augmentation. Si nous l’avions baptisé Hudson, c’était en référence au fleuve et parce qu’il ne nous a jamais donné son vrai nom. En la remettant en perspective, c’était une affaire simple, de celles qui faisaient que notre entreprise de messagerie factice pouvait même paraître respectable. Il ne s’agissait que de répondre aux messages téléphoniques de la dernière copine en date de Yorick. On en connaît tous un rayon sur la tendance des femmes à envoyer des messages, et on sait à quel point une relation (amoureuse, amicale, professionnelle, religieuse, etc.) peut devenir critique lorsque ces messages ne reçoivent pas de réponse, ou que l’on y répond avec retard, à contrecœur, sans le baiser final, ou par un Ok trop froid. L’idée de Magnum était géniale et humanitaire. On nous transférait les messages selon les arrangements passés avec chacun de nos clients, et les spécifications précises rendaient impossible la moindre erreur. Quel besoin a donc un cadre supérieur de répondre aux messages sans intérêt que lui envoie sa femme vingt fois par jour ? On sait que ces messages n’expriment JAMAIS rien d’important. On n’informe pas d’une mort, d’une naissance, ou d’un business à plusieurs millions par sms. L’épouse du cadre supérieur était invariablement satisfaite après plusieurs « oui ma chérie », « excellent, quelle bonne idée », « pour l’instant je suis en réunion, mais on en parle ce soir », « moi aussi je t’aime », « bisous ». »

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