lolas

Editorial El Cuervo, La Paz, Bolivie, 2015, 120 pages.

ISBN : 978-99974-833-8-6

Flor Canosa est née à Buenos Aires en octobre 1978. Elle y vit encore aujourd’hui. A six ans elle découvre son premier clavier, celui d’une vieille machine à écrire. Depuis, elle écrit. Après des études de cinéma et audiovisuel, en particulier scénario et montage, elle a participé à diverses productions, de la télénovela au film indépendant. Elle est aussi enseignante dans les mêmes disciplines à l’Université de Buenos Aires. Si elle conserve de nombreux manuscrits dans son disque dur, « Lolas » est son premier roman publié, après avoir gagné le prix « Equis » du roman, par l’éditeur bolivien « El Cuervo » en 2015. En 2017, son second roman s’intitule « Bolas », chez l’éditeur Zona Borde (Buenos Aires).

Juli, l’héroïne et narratrice de « Lolas » est une divorcée sans enfant, qui vivote du métier de vendeuse d’un magasin de lingerie. Elle a gardé de son mariage le studio un peu minable où elle habite et une paire de prothèses mammaires imposantes. Mais quelques années après leur séparation, son ex-mari se manifeste à nouveau par l’intermédiaire d’un avocat lui donnant un mois pour rembourser les implants dont il estime être le propriétaire, facture à l’appui. Passé le délai d’un mois, elle se trouverait contrainte, soit de renoncer à son appartement, soit de subir la « saisie » chirurgicale des prothèses. « Todos los mamìferos tenemos tetas que cumplen diferentes funciones. La funciòn que cumplen las mìas es complicarme la vida. »

Outre l’originalité de cette situation de départ, le roman accroche dès les premières pages par la qualité de l’écriture et l’humour décapant, entrainant le lecteur qui a très vite renoncé  à ses objections sur la vraisemblance. Après tout, ne vivons nous pas dans un monde procédurier et obsédé par l’argent ? Mais de l’argent, justement, Juli n’en a pas, et sa soeur mariée et mère de plusieurs enfants s’étant débinée, il va falloir trouver rapidement cette somme importante. « Tocar fondo es tener que devolverle las tetas a tu ex. » Refusant de vendre l’appartement ou de recourir à la prostitution comme à la vente de drogue, elle cherche une solution originale. Alors qu’elle avait été une épouse fidèle, elle a collectionné les aventures depuis son divorce, et décide de partir à la recherche de tous ces amants afin de les mettre « a posteriori » à contribution pour le sauvetage de ces seins dont ils ont bien profité eux aussi !

« … intento comprender si me puse tetas por un hombre, por todos los hombres, o por mí. Si lo hice por aburrimiento o por deseo. Si fue un regalo para mi ex-marido o para el espejo. Si las tengo para que alguien me las mire o por el placer de sentirme otra. Siempre fui generosa con mis tetas… »

Grâce à Facebook elle se met en quête et retrouve leurs traces. Flor Canosa, ouvertement addicte à ce réseau social, sait certainement de quoi elle parle quand elle décrit cette chasse à l’homme. La suite est une série de portraits sans complaisance de tous ces « ex », ceux qui profiteraient bien de l’occasion pour en reprendre un petit coup, celui qui est resté éperdument amoureux, celui dont elle se demande comment elle a pu, le radin, le moraliste, le paumé, traités à la fois avec humour et sensibilité. Malgré les contributions consenties par certains, la tirelire où s’accumule l’argent de la « rançon » des prothèses ne se remplit pas assez vite.

C’est alors que réapparait Pedro, son premier amour, celui qui l’avait connue avant qu’elle ait de gros seins. En rupture amoureuse et à la rue, il s’installe chez elle, dort par terre dans un sac de couchage, fait le ménage et la vaisselle, et Juli ne sait plus comment s’en débarrasser, car il supporte stoïquement toutes ses vexations. Elle continue son infructueuse quête d’argent et rencontre un nouvel homme, le parfait séducteur, à qui elle n’ose raconter son drame…

Juli réunira-t-elle l’argent à temps ? Sauvera-t-elle ses seins du bistouri vengeur ? Et qui de Pedro ou Mauro sera l’élu ? On ne vous dévoilera pas ici le final surprenant, et très courageux, de cette histoire. Encore un roman sud-américain qui a échappé à la sagacité des éditeurs français, et même des éditrices féministes !  Au boulot !

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