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Editorial Criatura, Montevideo, 2018, 160 pages.

ISBN : 978-9974-8686-0-1

  

Personnage discret et attachant, Horacio Cavallo né à Montevideo en 1977, est à la fois poète, auteur de textes de tango, de nouvelles et de romans, aussi bien pour les adultes que  pour la jeunesse, dont : « Oso de trapo » (2008), « Fabril » (2010), « El silencio de los pájaros », recueil de nouvelles (2013), « Invencion tardia » (2015). Ses textes sont publiés dans diverses revues d’Amérique latine, et quelques anthologies. La ville de Montevideo et le ministère uruguayen de la culture lui ont décerné plusieurs prix. Il lui arrive aussi d’être chanteur-interprète. En 2018 son premier roman « Oso de trapo » est réédité aux éditions HUM, et un nouvel opus « Casa en ninguna parte » parait chez l’éditeur Criatura. S’y ajoutent des albums pour la jeunesse, en collaboration avec des illustrateurs. Sa nouvelle « Les cendres du père » est publiée en français dans l’anthologie « Histoires d’Uruguay » aux éditions Latinoir (Marseille). 

 

Ce roman tisse deux histoires dans chacune des quelles la tension va crescendo jusqu’à une crise violente. L’alternance est rigoureuse entre chapitres pairs et impairs jusqu’au moment où les deux lignes de récit vont se rencontrer, car certains personnages sont présents dans les deux récits et surtout, le lieu est le même, à deux ans d’écart, et c’est le moins coupable qui va payer le prix fort. Dans ce huis-clos, l’angoisse monte peu à peu, et divers indices matérialisent petit à petit le lien entre les deux histoires, comme une initiale gravée sur une table, ou un téléphone, perdu dans l’une et retrouvé dans l’autre… 

Quelque part dans les profondeurs de l’Uruguay rural, à quelques kilomètres du village le plus proche, par une route de terre, se trouve une maison presque abandonnée. A bord d’une vieille camionette un coupleEduardo et Laura, et leur fille de cinq ans, Clara, viennent s’y installer, fuyant la ville. Le couple vit en crise constante, leur fille souffre d’un retard mental et l’on apprend bientôt qu’ils ont perdu une fille aînée, adolescente, renversée par un bus alors qu’elle traversait la rue en regardant son smartphone. Traumatisé, Eduardo a décidé de fuir la ville et les téléphones pour vivre dans ce lieu perdu afin de protéger Clara d’un accident semblable à celui de sa soeur. Paranoïaque il tient sa femme et sa fille recluses, et lui seul va de temps en temps au village en se grimant de façon à ne pas être reconnu, ce qui intrigue Laura, qu’il finit aussi par priver de son téléphone…

La maison appartient au vieux Manucho, propriétaire d’un garage un peu minable qui, deux ans plutôt, avait exigé que ses employés viennent y passer un week-end avec lui. Eduardo était alors un de ces employés, avec Pilo et David, qui se haïssaient. Après une soirée autour de l’asado et de nombreux verres de whisky, l’envie avait surgi d’aller embaucher au village une prostituée à se partager. Eduardo, déjà père de famille, et refusant de participer, ne jouant alors qu’un rôle de chauffeur. La dispute constante entre Pilo et David au sujet d’un smartphone dérobé, la veulerie des autres, l’abus d’alcool et le climat de violence auront des conséquences dramatiques pour Alicia, la jeune prostituée. Habilement mené, le récit finit par faire ressurgir ce passé dans le présent d’un Eduardo obsédé par la protection de Laura et Clara.

L’écriture d’Horacio Cavallo est très pointilliste, comme filmée souvent en plan serré, sur une attitude, une moue, des cheveux collés par la sueur, un mot, un silence. Ses personnages sont des gens simples avec des vies difficiles. En cela le roman fait penser aux nouvelles de « El silencio de los pájaros », mais on y trouve plus de dureté, peut être est-ce un signe de maturité de l’auteur, certaines scènes de sexe sont crues, les rapports entre les personnages sont complexes et conflictuels, Horacio Cavallo s’affirme et se confirme.

Horacio Cavallo