9789974881310

 

Editorial Alfaguara, Montevideo, 2017, 190 pages.

ISBN : 978-9974-881-31-0

 

Andrea Blanqué est née à Montevideo en 1959. Sa famille est d'ascendance catalane et madrilène, ayant fuit le franquisme.  A son tour elle a fui la dictature uruguayenne des années 73-85, époque d’arrestations arbitraires et de viols collectifs par les militaires. Elle a fait des études en Espagne de 1981 à 1987, puis travaillé dans la publicité avant de se consacrer à l'écriture et à l'enseignement. Elle est professeur de littérature hispanique à l'Université de la République, et à l’IPA qui forme les futurs enseignants à Montevideo. Elle est aussi critique et publie dans les principaux journaux du pays. Son oeuvre se compose de poésie, de nouvelles et de plusieurs romans centrés sur des personnages féminins. « La piel dura » (nouvelles, 1999) « La Sudestada » (roman, 2001) « La Pasajera » (roman, 2003) « Fragilidad » (roman, 2008). Elle se reconnaît influencée par Carmen Laforet, Emilia Pardo Bazán, les soeurs Brönte, Marguerite Duras, George Sand... Certaines de ses œuvres ont été traduites en anglais et en allemand. Elle se fait aussi remarquer par son talent de marionnettiste. 

En 2016 nous avions présenté dans ce blog le premier roman « La Sudestada » publié en 2001, livre qui nous avait laissé une impression mitigée, mais aussi une envie de lire d’autres textes d’Andrea Blanqué, pour s’en faire une meilleure opinion. « He venido a ver las ballenas » est son roman le plus récent (2017), et il permet de mesurer le chemin parcouru par cette romancière. 

Manuel est un jeune uruguayen de 18 ans, avec un nom de famille juif hérité d’un grand père communiste ayant fui l’Allemagne nazie. Il va passer le printemps (austral) tout seul dans le cabanon de vacances  en bord de mer que lui prête Adela, son ancienne prof de littérature, en échange de petits travaux d’entretien. En plein doute sur son avenir il veut se donner le temps de réfléchir. Mais sa principale préoccupation du moment est le sexe : il est vierge, et en attendant mieux il passe beaucoup de temps à se masturber. Pour l’aider dans ses réflexion, Adela lui a remis, en plus des clefs, un paquet de livres dont certains écrits par des survivants de la Shoah. Ces lectures vont plonger Manuel dans le désarroi, en comparant sa vie avec celles des survivants. 

C’est un endroit perdu sur la longue côte sableuse du département de Rocha, quelque par entre Punta del Este, station balnéaire chic à l’embouchure du Rio de la Plata, et la frontière du Brésil. Une côte dangereuse battue par la houle de l’Atlantique sud, longée chaque année par des baleines en migration, et semée de nombreuses épaves de navires perdus au cours des siècles. 

Diana, est née en Argentine. Maltraitée par sa mère dans son enfance, elle a temporairement perdu la vue. Sauvée par un ophtalmologiste qui l’a ensuite adoptée, elle a passé avec lui son adolescence à Cuba, où elle a découvert à la fois les joies de la plongée sous-marine et d’une sexualité débridée. A dix-neuf ans elle vit à Punta del Este où son père s’est établi. Ce père est obsédé par la disparition de son frère jumeau pendant la dictature argentine, probablement jeté d’un avion dans la mer. C’est alors qu’un mystérieux capitaine européen arrive à Punta del Este pour recruter une équipe de jeunes plongeurs et rechercher le trésor d’une épave proche de la côte. Diana est embauchée.

Le hasard veut que les plongeurs s’installent dans deux maisons non loin du cabanon de Manuel, le long de la plage battue par la mer. Les jours passant, Diana et Manuel vont se croiser sans se parler, plusieurs fois. Elle a une aventure avec son capitaine, mais une nuit celui-ci s’absente et se produit un drame qui va la rapprocher de Manuel…

Bien que le récit soit un peu lent et rythmé par des redites volontaires (un peu comme la mer va et vient sur cette plage déserte), on se laisse prendre par l’histoire et l’envie de savoir où elle nous mène. Quelques digressions replacent les petits destins des personnages dans une immensité de temps et d’espace, sous les étoiles du ciel austral, nous plongent dans des réflexions sur la géographie, ce que signifie vivre dans l’hémisphère sud, sur l’histoire qui a modelé cette région, le souvenir des indigènes exterminés, des migrations d’Européens, miséreux ou persécutés, les dictatures des années 70… Andréa Blanqué a creusé le sillon commencé avec « La Sudestada », il y a des similitudes entre les deux livres (la rencontre de deux jeunes gens, la sexualité contrariée, les coins perdus de l’Uruguay), on reconnait la marque de l’auteur, qui s’est bonifiée avec le temps. 

 

415565