materia_chirle

 Ediciones Llanto de mudo, Còrdoba, Argentine, 2015, 80 pages.

 ISBN : 978-987-3778-52-0

Martin Bentancor est né en 1979 à Los Cerrillos une petite ville du département de Canelones, non loin de Montevideo, au  nord-ouest. Il vit encore dans cette région rurale où il exerce l’activité de journaliste et chroniqueur. Il participe aussi à des productions de documentaires. Il a publié quelques  recueils de nouvelles : ‘Procesión’ (2009) et ‘El aire de Sodoma’ (2012); ‘El despenador’ (2010) et ‘Montevideo’ (2012) et des romans : ‘La redacción’ (2010), ‘Muerte y vida del sargento poeta’ (2013), ‘El Inglés’  (Estuario 2015, prix national de littérature 2014) et ´La materia chirle del mundo´(2015), dont plusieurs ont été primés en Uruguay. Enfin, « La Lluvia en el muladar » (Estuario, 2017). Les textes de Martin Bentancor sont généralement situés dans sa région d’origine, « la tercera secciòn » dont il fait un territoire littéraire un peu à la manière d’un autre auteur uruguayen actuel, Gustavo Espinosa avec sa ville, Treinta-y-tres, au nord-est du pays. Le souvenir de Faulkner et de Yoknapatawpha plane sur ces auteurs bien enracinés, mais dont les branches portent loin.

 

 LES « BLUES BROTHERS » DE LA TERCERA SECCION.

 

Petite explication du titre: le mot « chirle » est un américanisme qui peut vouloir dire « inconsistant », ou « friable » ou « insaisissable », comme le temps, comme notre vie et tout ce qui s’enfuit avec elle.

 Ce court roman, à première vue très local et baignant dans la culture rurale et le folklore, n’en a pas moins un côté universel qui peut toucher chacun de nous, car il évoque les émerveillements de l’enfance, les souvenirs partagés, la transmission entre générations à travers la musique populaire, celle que les parents écoutaient à la radio et que les enfants devenus grands veulent continuer à chanter et partager. Dans ce cas précis il s’agit des chansons d’un duo argentin des années 60-70, les frères Abel et Victor Visconti, qui connut en son temps une grande notoriété dans les pays du Rio de La Plata. 

Autobiographie ou autofiction ? Quoi qu’il en soit le narrateur s’appelle comme l’auteur, Martin Bentancor, et vit dans une région rurale de l’intérieur de l’Uruguay où il a grandi. Et même s’il a dû s’en éloigner quelques années, le lien reste fort, comme le souvenir de ses lectures d’enfant, ou de ces tranches de pâte de coing sur un morceau de pain que sa mère préparait pour le goûter. Il advient que ce Martin, pour une période bénie de seize mois de sa vie, reçoit comme un don du ciel la voix de Victor Visconti, qui lui est confiée en personne par le « corps astral » du chanteur tant admiré de son enfance. Se sentant alors investi d’une mission, Martin part à la recherche de son cousin Fernando le guitariste, pour reconstituer le duo des Visconti et organiser une tournée d’hommage dans toute la région. Il y a un côté « Blues Brothers » dans cette histoire qui ne manque pas de saveur…

Le roman tresse plusieurs fils correspondant à des époques différentes de la vie du narrateur, et à chaque fil correspond un sous-titre qui revient régulièrement : « Bajo el laurel » correspond à des souvenirs d’enfance, « Dìas de huelga » raconte sa recherche du cousin Fernando en vue de former le duo, alors que celui-ci est engagé dans une grève d’ouvriers agricoles, et « La ùltima actuaciòn » relate des épisodes de la tournée. 

Dans cet univers paysan de « gauchos », de tracteurs et de bétaillères, les nouveaux « Visconti » du vingt-et-unième siècle vont se produire de fête des récoltes en radio locale jusqu’à « la ùltima actuaciòn » lors de la fête d’une école rurale, a l’issue de laquelle se jouera une partie de « truco » (jeu de carte typique de l’Uruguay) qui finit par tourner à la bagarre générale dans l’obscurité d’une grange, et à la fuite des artistes en voiture par une route traversant la pampa sous la lune…

En résumé une lecture fort recommandable, pleine d’action, d’humour et de nostalgie, qui mériterait bien l’attention d’un éditeur français.

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