el-sindrome-de-las-ciudades-hermosas

 

Editorial Fin de Siglo, Montevideo, 2015, 125 pages.

ISBN : 978-9974-49-812-9

Nouveau visage de la littérature uruguayenne, Carolina Cynovich est née en 1991 à Montevideo. Après des études en communication audiovisuelle, elle se fait remarquer avec ce premier roman, « El síndrome de las ciudades hermosas ». Elle est aussi l’auteur d’un livre pour la jeunesse « El hombre que da cuerda al mundo »

 

L’histoire se déroule de nos jours à Montevideo, même si la ville n’est que rarement citée. Julian Molina, le narrateur, est un professeur de français qui fréquente le « Dionisio », une sorte de club littéraire et culturel tenu par le vieux Nando. Il entretient une liaison discrète avec Daniela, une de ses étudiantes. Sa vie routinière change le jour où il est embauché pour servir d’interprète lors du  tournage d’un film d’Adam Claasen, un réalisateur culte belgo-hollandais et francophone.

Claasen est réputé pour le soin mis à représenter dans ses films une ville « qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », en utilisant des décors naturels ou artificiels qu’il modifie subtilement par l’ajout d’une porte, d’une fenêtre, généralement des trompe-l’oeil. Le réalisateur se caractérise aussi par le fait qu’il apparait parfois, muet et masqué, à l’arrière-plan de certaines scènes. Ce cinéma étrange réunit des passionnés qui essayent d’en comprendre tout le sens caché, un petit réseau dont les membres s’appellent entre eux les « chercheurs » (buscadores). Julian Molina va découvrir peu à peu les différents métiers du cinéma qui s’exercent sur le tournage, a travers les personnalités de Zimena la décoratrice, ou Pedro Damian, l’assistant-réalisateur, tous admirateurs de Claasen et décidés à mener le film à son terme comme un chef d’oeuvre. 

Mais d’étranges incidents vont se produire. Julian remarque lors des prises qu’une mystérieuse jeune femme passe subrepticement en arrière-plan, sortant d’une porte factice, disparaissant dans une autre, et portant toujours une petite valise. Il s’aperçoit que la même femme est présente dans des films antérieurs de Claasen, sans que son identité soit dévoilée au générique. Un jour il se lance à sa poursuite, arrive à la rejoindre et lui subtilise un petit livre de comptines hollandaises. Sa volonté d’éclaircir se mystère se heurte à l’hostilité de l’équipe du tournage, notamment celle de Pedro Damian, dont on découvre qu’il est depuis longtemps un des « chercheurs » les plus acharnés. Alors Claasen propose à Julian de devenir son interprète personnel, et l’implique dans le film, lui fait confectionner un de ses mystérieux masques par le non moins mystérieux Yetzel.

Julian continue à poursuivre la jeune femme à la valise, et tombe derrière un décor sur une étrange clinique dont l’unique objet d’étude semble être le psychisme de Claasen. Lorsqu’il arrive enfin à parler à la jeune femme, celle-ci lui demande de l’aider à « sortir ». Mais ses efforts lui valent chaque fois plus d’hostilité de la part de Claasen et de son équipe, qui lui reprochent de mettre le film en danger. Peu à peu les limites entre le réel et l’imaginaire s’estompent. Le basculement dans le fantastique se confirme au chapitre quinze quand Julian se lance à la poursuite de l’inconnue dans un décor de gare reconstitué en trompe l’oeil : « Me hizo olvidar totalmente de que la puerta de la estación había estado pintada en una lámina de madera, y que yo posiblemente ahora estuviera adentro de esa lámina. » 

Qui est la mystérieuse jeune femme ? Quels sont ses liens avec Claasen ? Les réponses viendront et le dénouement réserve une surprise, une sorte d’apothéose pour un cinéaste culte comme Adam Claasen. Ce premier roman de forme très classique se lit avec plaisir. Cette belle écriture fluide  nous fait glisser insensiblement de la réalité à un fantastique subtil et sans esbroufe. Une fois le livre refermé on réalise qu’il y a là matière à un film qu’on irait bien voir un jour.

Carolina-Cynovich